Lekaterinbourg, été 1918

KRIS, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2012
Svoboda ! T. 2



"Les rouges d'un côté, les Russes blancs de l'autre, nous au milieu et la moitié du monde tout autour, comment tu veux t'y retrouver " Ben, il a raison ce légionnaire tchèque ! Comme dans le tome 1, le lecteur devra s'accrocher à ses bribes de connaissances historiques concernant la fuite des 70 000 soldats tchèques et slovaques qui profitent de la révolution russe pour tenter de gagner les troupes alliées et créer un état tchèque indépendant. Pour faire ce long trajet, un seul moyen : le Transsibérien. Une fuite que n'apprécient guère les rouges : Trotsky lance l'Armée rouge à la poursuite des légions tchèques.

Un contexte historique compliqué et peu connu donc pour cet album. Et ce d'autant plus qu'il est lié à l'assassinat des Romanov par l'armée rouge, cette dernière suggérant que la proximité des légions tchécoslovaques a hâté l'exécution. Et pourtant, le carnet de guerre imaginaire d'un des combattants, mis en fin d'album, signale que cette exécution avait été décidée depuis longtemps par Lénine ! C'est donc un poil ardu. Fort heureusement, ce contexte se double d'une histoire personnelle, celle de Jaroslav l'écrivain et de son pote, Pepa, tous deux partis chercher des médicaments pour un jeune garçon atteint d'une balle rouge.

L'entreprise est louable tant le sujet est ignoré. Mais j'ai eu bien du mal à me passionner pour cette histoire. J'aime pourtant beaucoup les dessins de Pendanx et la colorisation de Merlet.

Marc Suquet


  

De Prague à Tcheliabinsk

KRIS, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2011
Svoboda ! T. 1



Des soldats de nationalité tchèque ou slovaque s'enfuient pendant la première guerre mondiale. Leur objectif : retourner chez eux et créer une république tchèque. Parmi eux, Jaroslav qui retrouve son copain artiste, Pepa. Vingt ans plus tard, le même Pepa, devenu prof d'arts plastiques, apprend les résultats de Munich et la démission de l'Europe face à Hitler.

Kris s'est fait une spécialité des séries historiques : Un homme est mort, Notre mère la guerre, Un sac de billes... dans ce nouvel album, on rentre dans du lourd, une histoire à cheval sur les deux guerres. Un contexte passionnant donc, mais non sans complexité : celui de la première guerre mondiale. On saute donc de l'assassinat de Francois Ferdinand, l'héritier du trône austro-hongrois, le million de Tchèques intégrés à l'armée austro-hongroise, mais aussi plus tard, les accords de Munich en 1938 qui stoppent l'existence de la Tchécoslovaquie comme Etat indépendant. Bref, quand je disais qu'il y avait du lourd, c'est vrai.

Aussi, ne lira-t-on pas seulement cette histoire comme un simple moment de délassement, mais bien plutôt comme une leçon sur une période très riche. Pour faciliter l'accès des lecteurs, dont ça n'est pas automatiquement la tasse de thé, un rapide contexte historique aurait aidé l'entrée dans ce texte. Il est partiellement amené par l'histoire des personnages, mais il manque un peu un coup d'oeil général. Les détails ne sont pas non plus toujours évidents : qui connaît Milan Rastislav Stefanik, à qui est dédié l'album, général et diplomate slovaque et qui a facilité la création de la future Tchécoslovaquie ?. Ou encore Jaroslav Hasek, romancier anar, enrolé dans la légion tchèque ?

L'histoire rapportée dans l'album se situe donc après le traité de Brest-Litovsk, conclu par le gouvernement bolchévique et après la révolution russe. Les légions tchèques sont évacuées vers la France, en passant par Vladivostok : quand on regarde une carte, on se dit que ce n'est probablement pas le chemin le plus court pour arriver en France ! Le lecteur qui s'intéresse aux légions tchèques trouvera ici le contexte historique.

Ce premier tome met en place les persos et l'on sent l'histoire démarrer avec tout le souffle nécessaire. Ca sent la saga en plusieurs tomes dans laquelle on embarque sans questions et avec passion.

Les dessins sont superbes : un joli coup de crayon de Jean-Denis Pendanx. On découvrira quelques planches ici.

Un joli début, mais n'oubliez pas les lecteurs qui ont séché les cours d'histoire à l'école !

Marc Suquet


Rien à ajouter vraiment sur ce premier tome. L'histoire risque en effet d'être complexe pour celles et ceux qui, comme moi, ne sont ni spécialistes ni fans de cette période de l'histoire. Mais c'est aussi la richesse de la BD que de se rendre suffisamment intéressante pour "titiller" la curiosité et pousser le lecteur (souvent passif) à aller chercher plus loin le pourquoi du comment. Alors accrochez-vous car je pense que cela va en valoir le coup !

Annecat


Il faut l'annoncer d'emblée, le projet de la BD Svoboda !, qui signifie à la fois liberté et insouciance en Tchèque, est ambitieux. D'abord, l'histoire imaginée par le scénariste Kris est basée sur une odyssée de combattants tchèques pendant la première guerre mondiale : c'est pas le sujet le plus simple. Ensuite, choisir de traiter cela en aller-retour entre deux époques différentes ne facilite pas la tâche.

Pourtant, une fois qu'on a bien saisi les changements d'époques et les connections entre elles, le scénario s'en sort plutôt bien, grâce notamment à des personnages hauts en couleurs. Les dessins de Jean-Denis Pendanx m'ont moins emballé et je me demande encore s'il était nécessaire de garder cette sorte de sépia permanent pour créer une atmosphère particulière.

Au final, on obtient une BD bien campée, qui nous traîne en dehors des sentiers battus. Et ce tome 1 donne envie de suivre l'épopée de ces fougueux personnages qui mènera, si on en croit les auteurs, à la création de la Tchécoslovaquie.

Ismaël


  

Jeronimus tome 3

Christophe DABITCH, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2010
86 pages. 17 euros



Le complot des matelots sur le navire le Batavia, ayant échoué par la faute d'un récif mal placé, 200 des naufragés prennent pied sur une île isolée, Albrolhos de Houtman, au large de l'Australie. Une nouvelle société émerge. Jéronimus Cornelisz, l'ancien apothicaire, prendra le pouvoir d'une horrible façon !

Le scénario de cette histoire véritable diffère ici des deux premiers tomes : Jéronimus Cornelisz n'est plus le petit apothicaire qui se cherche un destin, mais plutôt le tyran en pleine construction qui n'hésitera pas à provoquer un coup d'état. Pour asseoir son pouvoir, Jeronimus opère un tri parmi les naufragés, excluant les faibles, inutiles à sa politique et les forts, dangereux pour son pouvoir. Pour étendre son autorité, Cornelius créé des lois implacables : la peine de mort pour un vol de vin ! Il s'arrange également pour que tous les hommes aient du sang sur leurs mains. Les femmes deviennent des esclaves sexuels. Bref, la folie meurtrière s'empare de Jeronimus et le transforme en monstre. Le crime finit même par devenir une drogue sans laquelle les îliens s'ennuient !

On a quitté ici les superbes paysages marins des deux premiers tomes, pour pénétrer dans la folie. Le lecteur était averti de ce dénouement par la montée de la conspiration sur le Batavia décrite dans le tome 2, qui finalement... s'échoue sur un récif. Ce 3e tome rappelle le rôle des compagnies hollandaises dans le développement d'un système économique pour lequel il est inutile de vouloir faire le bien, puisque seuls comptent le profit et la part distribuée aux actionnaires :cela ne vous fait penser à rien de plus actuel, cher lecteur ? Une passionnante réflexion sur la naissance du système capitaliste.

L'album montre aussi, par l'intermédiaire de bandeaux, les pensés intimes de Jéronimus et son évolution psychologique vers un rôle de tyran. Cela complète habilement la description de la prise progressive du pouvoir par le tyran.

Comme les deux premiers tomes, le dessin de l'album est superbe. De vraies peintures témoignant de la richesse de l'art au XVIIe aux Pays Bas. Jean Denis Pendanx a livré ici un travail original, coloré et magnifique. Jean Denis, c'est un bon, dont on suivra avec intérêt les prochains albums.

Ce triptyque est une vraie oeuvre d'art passionnante et superbe. Perso : un vrai coup de coeur !

Marc Suquet


Pour le résumé, je n'ai rien à ajouter à celui de Marc, ni non plus d'ailleurs sur la véracité de l'histoire et sur la plongée inévitable dans la folie. Pour autant, ce récit est tellement chargé d'émotions contenues qu'il en devient irréel et glacé. J'ai beaucoup de mal à me laisser submerger du coup moi aussi par une émotion quelconque, si ce n'est l'agacement, alors même que le graphisme, comme le dit là encore très justement Marc, très proche de la peinture flamande et inspiré de Jan Steen, ne peut laisser indifférent au contraire.

Au bout du compte, trois albums originaux, documentés, plastiques mais qui ne m'auront pas convaincue.

Annecat


  

Naufrage

Christophe DABITCH, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2009
Jeronimus Tome 2
91 pages. 17 euros



Sur le Batavia navire amiral de la Compagnie des Indes hollandaise, que nous retrouvons au large du Cap de Bonne Espérance en avril 1629, la révolte gronde, fomentée par Jeronimus Cornelisz. Mais, lorsque les mutins vont passer à l'action, le vaisseau heurte les récifs des îles Albrohos au large de l'Australie.

Comme pour le 1er tome, c'est immédiatement le dessin et la couleur qui séduisent le lecteur. C'est brillamment illustré et les peintures se déroulent sous les yeux d'un lecteur captivé. Les impressions et les regards sont intenses. Il s'agit fréquemment d'un bout de figure, d'un oeil qui suffit à donner le ton. Les scènes maritimes sont souvent superbes. De vraies peintures qui illustrent avec talent cet album, tout comme le premier.

Cette histoire est celle véritable d'un apothicaire d'Amsterdam. Elle est bien connue en Hollande mais beaucoup moins en France. Le scénario n'est pas surprenant et manque parfois un peu de rythme. C'est le parti pris des auteurs qui exposent longuement la psychologie des personnages, permettant de créer l'atmosphère souvent lourde de ce récit, le montage progressif d'une conspiration sur le Batavia et le pouvoir séducteur de Jeronimus. Une petite critique : les bandeaux de texte, censés décrire la psychologie et les pensées intimes des personnages, sont trop nombreux et n'ajoutent pas grand chose à des scènes suffisamment intenses et expressives par elles même.  

C'est de la belle bd et j'attends avec impatience le 3ème et dernier tome de cette aventure qui est annoncé pour janvier 2010. Le naufrage sur l'île donne en effet l'occasion d'un superbe scénario de lutte de pouvoir au sein d'une société recréée dans un endroit désert. Vivement la suite !

On trouvera ici une interview des deux auteurs.

Marc Suquet


  

Un homme neuf

Christophe DABITCH, Jean-Denis PENDANX

Futuropolis, 2008
Jeronimus, Tome 1
80 pages



Octobre 1628. Jeronimus, apothicaire à Haarlem, province de Hollande, perd son fils atteint de syphilis. Désespéré, il profite de l'opportunité donnée par la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales, pour s'embarquer sur le Batavia. Le début d'une aventure dans laquelle Jeronimus va apprendre la mer, lui qui n'est jamais monté sur un bateau.

Ce qui frappe à la première vision, ce sont les dessins. De vraies peintures dans un album bd ! Il y a de la couleur, des expressions de visages souvent graves, des détails que l'on croirait sortis d'une exposition de peintures. Ce sont de superbes dessins et colorisations, dus à Jean Denis Pendanx que l'on avait déjà remarqué dans Abdallahi, pour la finesse de son travail.

Mais le dessin n'est pas le seul atout de cet album. Le scénario de Christophe Dabitch est de qualité : d'abord une époque parfaitement rendue avec forces détails et explications qui transforment le scénariste en historien : ainsi le club d'escrime de Giraldo Thibaul qui regroupe des hérétiques échangeant des idées à l'abri des oreilles indiscrètes, les anabaptistes un mouvement de la réforme protestante qui créent des communautés de biens parfois polygames ou encore le début du capitalisme en Hollande et la Compagnie des Indes, devenue la plus grande organisation commerciale du monde. Une compagnie qui fait passer ses profits avant tout autre considération. Tous ces détails historiques passent avec finesse et sans ennui. Le scénariste n'hésite pas à citer ses sources.

Et puis, il y a l'aventure liée à l'embarquement de Jeronimus sur la Batavia : l'inconnu, les sociétés qui se créent sur le bateau, la haine, l'amour, la mort ? Et le suspense que l'on sent monter : Le personnage de Jeronimus évolue  sur le bateau : d'effacé, il devient intrigant, rebelle et prépare une rébellion que l'on devrait connaître dans le tome 2. Mais au fait c'est pour quand ce tome 2, dépêchez vous Dabitch et Pendanx, ce 1er tome nous a mis en manque !

Marc Suquet

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