Rainbows end

Vernor VINGE

Robert Laffont, 2007
Collection : Ailleurs & Demain
452 pages. 23 euros



Dans un futur proche (2020-2030), le monde est " technologisé " à outrance, l'environnement urbain est maillé de telle manière que tout et tous sont pris dans le réseau géant de la " toile " ; Internet est une sorte de monstre polymorphe dans lequel les humains s'ébattent de manière plus ou moins virtuelle. Chaque personne porte des vêtements pourvus d'un logiciel (Epiphany°) et des lentilles de contact (les vêtinfs)qui lui permettent de surfer et prendre part à la vaste entreprise mondiale en tenant lieu et place d'interface. Robert Gu, un des plus grands poètes de la fin du 20e siècle, s'éveille du long hiver de la maladie d'Alzheimer grâce aux progrès médicaux fulgurants de ce début de millénaire où la méta - collaboration de milliers voire de millions de personnes rend possible des miracles. Il a désormais un cerveau en état de marche et un corps d'adolescent, mais sa reconstruction neuronale lui coûte le prix du génie des mots qui avait fait de lui l'égal des plus grands. Rien ne lui paraît être trop cher comme prix à payer pour récupérer son talent enfui. Va-t- il trahir son fils Bob, sa belle-fille Alice et sa petite-fille Miri en suivant le lapin blanc dans une conspiration mondiale machiavélique dont il ne comprendra que trop tard la dangerosité ?
Le résumé est un peu ardu, hein ? Et bien rassurez-vous ! Ce n'est pas un effet de style, c'est bien parce que le récit l'est tout autant. On a un peu de mal au début à rentrer dans ce monde futuriste perturbant, les clés de compréhension sont livrées au compte-goutte pendant les premiers chapitres. Puis arrive Robert et on reprend pied, on apprend en même temps que lui ce que sont vêtinfs, visiopage, bibliotome, etc. Et puis quand les repères sont pris on se met à évoluer avec plaisir dans cette conspiration à tiroirs qui englue tous les personnages, primaires et secondaires, dans une toile complexe mais cohérente. Les plans à l'intérieur des plans, qui trahit ou manipule qui, voilà qui captive tout lecteur versé dans la machination subtile. Les références au monde de Lewis caroll sont assez réjouissantes et apportent une profondeur interprétative agréable au roman. La chroniqueuse du sus-dit ne prétend pas avoir tout compris de l'intrigue mais celle-ci sort suffisamment des sentiers battus pour réjouir de par sa nouveauté. Cette interprétation personnelle de la mondialisation d'internet diffère par exemple de celle développée par Masamune Shirow dans Ghost in the shell. Elle est plus technique, donne plus de détails logistiques sur son fonctionnement ; elle est également moins introspective. On prend néanmoins beaucoup de plaisir dans certains petits détails : il est assez jouissif d'imaginer pouvoir entrer dans un musée et obtenir par quelques gestes (mouvements oculaires, discrets gestes manuels, etc.) des renseignements sur les ?uvres qui s'affichent directement sur vos lentilles ; ou bien de s 'asseoir dans un fauteuil dans son salon et envoyer une projection de ses sens (une sorte de moi digital) à l'autre bout de la planète et se promener d'une manière mi-virtuelle mi-réelle par exemple à Barcelone dans la sagrada familia. Que de perspectives alléchantes ! Si ces dernières vous titillent, venez faire un tour dans l'univers de Vernor Vinge, vous allez découvrir entre autres comment le projet de Google de mise en ligne des ressources des plus grandes bibliothèques mondiales pourrait se réaliser avec mille fois plus de dommages que ce que nous sommes capables d'imaginer !

Marion Godefroid-Richert

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