On me l'a enlevée

Séverine LAMBOUR, Benoit SPRINGER

Vents d'Ouest, 2010
47 pages. 13 euros



Un petit village et sa fête foraine. Lola, un bébé est enlevé. Les habitants du village vont commenter cet acte.
L'histoire se passe au présent, représenté par les couleurs du dessin, mais aussi dans le passé, la couleur marron montrant le retour en arrière. Le récit est ponctué d'avis d'enlèvement, du genre de ceux que l'on entend à la radio et qui ne peuvent que glacer l'auditeur.

L'original de cet album, ce sont les commérages, le sport national du petit village de Lourarin, comme celui de nombreux autres villages : au café chez Pichat, ça cause. On trouve, bien sur, des airs bien étranges au dernier arrivé du village. Et puis Lola, ne peut être la fille de Mélanie, comme le calculent les villageois. C'est sur, ces problèmes de calendrier ça fait jaser ! Alors qui est le père ? ... une angoisse digne des questions sur le géniteur de la progéniture de certains ex ministres de la justice ! Chacun devient suspect et les pires des scénarios sont imaginés jusqu'à suggérer que la mère de l'enfant enlevé, elle-même ...

Les destins personnels des personnages de l'album tournent autour des enfants : de ce consommateur qui avoue s'y être pris trop tard pour être père, à la femme du buraliste qui n'arrive pas à en avoir, le sujet du village tourne autour des enfants. Face à ce désir, la solitude des habitants est souvent pesante.

La conclusion de l'album est pleine d'émotions. Le point d'orgue d'une tension qui montre très progressivement. Le passage du quotidien au drame qui fera le premier titre du 20 heures. La vraie conclusion dramatique d'un fait divers. Dur !

Le trait est épuré. Les couleurs utilisées présentent un ton pastel.

Voilà une bonne BD, pleine d'humanité et de vie. On rentre par la petite porte dans la vie d'un village qui pourrait être n'importe lequel des villages de France.

Marc Suquet


Je ne reviendrai pas sur le sujet de la BD, confer la chronique de Marc précédemment publiée.
Effectivement, un bel exemple de BD humaniste sinistre. Je suis d'accord avec l'avis de notre éminent chroniqueur conchylophile, belle correspondance des couleurs, belle expressivité des visages et justesse des avis des différents protagonistes et témoins du drame. On s'y croirait, y compris dans les relents saumâtres des différents soupçons sur l'étranger nouvellement arrivé dans la communauté, les doutes sur la paternité du géniteur de la petite disparue, les différentes appréciations sur la mère de cette dernière. Quelques frissons descendent le long de l'échine à la lecture de cette sentence ô combien entendue et dans diverses circonstances: "c'est si facile d'avorter maintenant" ... Argh ! Impossible à entendre dès qu'on a un QI un poil supérieur à celui d'une huître. D'où la justesse du ton des deux auteurs. Un aussi bon cru que le fut l'année dernière la publication d'un autre récit aux couleurs de fait divers, Je mourrai pas gibier d'Alfred, chez Delcourt. On ne peut que saluer le travail d'édition qui permet aujourd'hui à de jeunes auteurs inconnus (du moins de ma petite personne) la publication de travaux intimistes et personnels, pas franchement dans une veine commerciale.

Marion Godefroid-Richert


  

Les funérailles de Luce

Benoit SPRINGER

Vents d'Ouest, 2008
79 pages. 15 euros



Lucie, 6 ans, passe ses vacances chez son sympathique Papy, Roger, garagiste à la retraite. Elle découvre ses voisins, le monde des marché mais aussi la mort : Simon le vieux voisin se suicide sans que rien n'ait pu l'annoncer, mais aussi celle de Papy.

Un sujet original : la mort que l'on traite rarement dans les livres. Un sujet d'autant plus grave qu'il est décrit chez une enfant, émerveillé dans ses découvertes du monde. On voit bien dans l'imaginaire de Lucie poindre le " j'veux pas mourir " : l'angoisse de la mort que chacun connaît mais vue chez cet enfant. Il y a un aspect fantastique dans le regard de Lucie : elle est la seule à voir la mort sous la forme d'un homme nu et d'un enfant caché par un drap.

J'ai aimé l'aspect humain de cette BD : la solitude des gens âgés qui malgré leurs copains se retrouvent seuls chez eux. Une histoire marquée par la description du quotidien. Mais aussi cette histoire d'amour qui naît entre Papy Roger et Amélie : oh, le corps nu d'Amélie qui n'est pas le stéréotype de la belle nana jeune au ventre plat mais bien plutôt d'une femme âgée mais superbe dans son corps : c'est très original, on ne montre que rarement les vieux nus. Sont pas beaux les vieux, mieux vaut montrer Laure Manodou. Alors merci d'avoir osé : les vieux sont beaux et ils aiment : des vérités simples et bonnes à entendre. Mamie, il y a encore une vie pour nous !

Le dessin est simple et uniquement en N et B. C'est direct, mais les expressions des personnages sont bien rendues.

Marc Suquet


La petite Luce est en vacances chez son grand-père . Ramasser des oeufs , aller au marché vendre des légumes , courir dans le jardin quand il fait beau , le paradis d'une jolie demoiselle de 6 ans . Enfin presque . Quel est ce mystérieux couple , un peu effrayant , que Luce croise quelques fois : un grand homme nu , émacié , main dans la main avec une petite silhouette voilée qui tient également une vielle boîte à biscuit ? Bientôt Luce rentre chez ses parents et Simon , le vieil ami de son grand-père est retrouvé mort dans sa cuisine...
Un dessin noir et blanc très expressif , une symbolique simple qui ne dispense pas le récit de subtilité , Springer signe là un bel album . Il semble assez rapidement évident au lecteur adulte que les deux personnages que Luce a l'air d' être la seule à apercevoir sont une image métaphorique ( réussie ) de la mort . La prise de conscience de cette grande réalité de l'existence par la petite fille est bien rendue . Plus finement observés encore sont les différents moments de vie des quelques voisins du vieux monsieur . L'histoire d'amour charnel fugace entre Roger le grand-père et Mme Roserin sa voisine , qui est aussi une rencontre de deux âmes solitaires ; le fossé grand comme un canyon dans un couple ensemble depuis ce qui semble être des millénaires , l'auteur a capté ce qui fait l'essence de la vie de toute une génération laissée sur le côté par le monde moderne . Une belle réussite...

Marion Godefroid-Richert

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