Retour à la grande ombre

Hakan NESSER

Points Thriller, 2007
325 pages. 7 euros



Un nouveau venu parmi les auteurs venus du froid : Hakan Nesser le suédois. Après Henning Mankell et son Kurt Wallander, Ake Edwardson et son Erik Winter, voici une enquête du commissaire Van Veeteren. On retrouve le corps mutilé d'un homme plusieurs mois après sa mort dans un petit bois. Après recherche il s'avère qu'il s'agit du cadavre d'un dénommé Verhaven, meurtrier condamné deux fois à 12 ans de réclusion pour le meurtre de deux femmes. Il aurait été assassiné très peu de temps après sa deuxième sortie de prison. Le commissaire et ses enquêteurs vont avoir fort à faire pour découvrir le meurtrier de cet ancien athlète champion de course qui a toujours clamé son innocence. Malheureusement pour lui il avait trop la tête de l'emploi, il était au mauvais endroit au mauvais moment, il vivait de façon trop marginale pour ne pas faire le coupable idéal. Les témoins de l'époque était influençables, l'enquête lourde et longue, les enquêteurs ont fait fi de scrupules. Cela ne finit par ne faire aucun doute pour le commissaire : Verhaven était en effet innocent. Mais qui a bien pu le tuer ? Malgré un état de santé préoccupant, Van Veeteren va réussir à remonter jusqu'à un lourd drame familial qui fera la lumière sur tout le parcours du bouc émissaire.
 Comme d'habitude avec cette nouvelle vague d'écrivains nordiques, il est inutile de chercher la péripétie rocambolesque, le ressort tendu à craquer de suspense haletant. L'intérêt est ailleurs, dans une enquête qui prend son temps, qui décortique, pelant la réalité de ses couches successives comme un oignon. Les flash-backs alimentent le récit en en mettant en lumière les différentes étapes. Les personnages secondaires sont soignés et variés. L'histoire est bien menée, l'intrigue intéressante. S'y ressentent l'intérêt et la sympathie de l'auteur pour ces marginaux qui ne rentrent jamais dans le moule et qui le revendiquent dans un mépris tranquille pour la société qu'ils côtoient et qui le leur rend bien. Le final laisse peut-être un peu perplexe de par la revendication sous-jacente d'une justice autoritaire et expéditive. On lorgne du côté de Clint Eastwood et de sa philosophie un peu machiste et très américaine, In God we trust et dans mon 357 magnum surtout.
 Mais il est vrai que par ailleurs le commissaire fait preuve d'un bel optimisme qui tranche avec la nostalgie suicidophile de ses illustres prédecesseurs. Divorcé et heureux de l'être, un cancer mais ce n'est pas la fin du monde, des enquêteurs raisonnablements professionnels, il donne une heureuse impression d 'accomplissement personnel, ça change ! Tout ça pour dire que le roman de Hakan Nesser se laisse confortablement déguster.

Marion Godefroid-Richert

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