L'Oecumène d'or : une geste de l'avenir lointain

John C. WRIGHT

L'Atalante, 2003
Premier roman.
Traduit de l'anglais (USA). Première parution dans la langue originale en 2002.
Coll. La Dentelle du Cygne. 21 euros



L'entité archaïque de support à résonance végétale re-conditionnée (papier) a pour but de lier nos surfaces neuronales et de les guider vers la compréhension de ce qui se présente comme le déroulement de la vie - réelle ou passée, au travers de filtres de mémoires et de choix définis - de Phaéton de Rhadamanthe... ou de sa copie, reconstruction ou simulation dont la correspondance mentale et émotionnelle reste à définir. Les sept pairs comptent stabiliser le déroulement du futur dans le calme exempt de toute modification héroïque en soutenant le collège Hortateur de toute leur puissance... Bref, essayons tout de même de faire plus simple : dans un lointain futur, alors que les hommes ont essaimé dans tout le système solaire et qu'ils sont devenus immortels, Phaéton de Rhadamanthe, fils d'Hélion, le maître du soleil, a commis dans le passé un acte terrible qui a bien failli anéantir l'ordre idéal établi et pour lequel il a été condamné, pour le bien de la société tout entière, à l'oubli... Ses souvenirs perdus ont pourtant été enregistrés. Mais s'il tente d'en reprendre connaissance, c'est le bannissement assuré par ses concitoyens. Le risque est grand et pourtant Phaéton demeure bien décidé à retrouver la mémoire et à reprendre possession de ses souvenirs perdus...

Chroniquer ce premier roman original, apparemment intelligent et extrêmement ambitieux de John C. Wright relève de la haute voltige. Et bien malin qui sera à même, la lecture achevée des quelques quatre cent trente-deux pages que compte "L'Oecumène d'or" de comprendre où exactement l'auteur veut l'emmener. Mais qu'importe ! Trop nébuleux, trop obscur, à ni rien comprendre !... : certains s'y perdront et refermeront le livre bien avant même d'en avoir achevé la lecture. Dommage ! Ce roman vaut bien qu'on fasse l'effort de s'accrocher ! Créer un univers nouveau adapté à ce que pourrait être l'humanité dans un avenir lointain est un exercice délicat et pour le moins difficile que tous les écrivains n'appréhendent ni ne maîtrisent de la même manière. Il y a ceux, et John C. Wright fait partie du nombre - dont l'imagination exacerbée nous donne à découvrir des images fantastiques et merveilleuses dont la compréhension n'est pas un souci tant l'histoire nous happe et nous entraîne dans sa spirale sans nous laisser le temps de réfléchir sur le possible ou non de telle ou telle situation, telle ou telle affirmation, tel ou tel postulat de base. L'auteur écrit que cela est, il s'y emploie avec tout son talent, le lecteur ne peut que le croire ou du moins accepter que cela puisse être possible et c'est tout. Et puis l'auteur a encore ou bien la possibilité de faire simple pour créer de toutes pièces son monde futuriste ou bien, comme c'est le cas ici, d'opter pour un style travaillé et d'employer des mots recherchés, technologiques, un vocabulaire pseudo-scientifique et/ou spécialisé, de tricoter langue écrite et idées personnelles de manière à recomposer tous ces termes entre eux pour fabriquer des mots encore plus compliqués et au sens de plus en plus hermétique que l'écrivain agence enfin dans des phrases pouvant compter plus de quatre-vingt-dix mots entrecoupés de quatorze virgules et deux tirets ou plus encore, des phrases manifestement réservées à une élite intellectuelle de lecteurs de science-fiction qui adore se torturer les méninges et dont en définitive très peu de gens font partie. Et tout cela pour planter la civilisation extrêmement complexe mais pas encore parfaite d'un fantastique âge d'or futur, civilisation qui repose sur des codes particuliers, dans laquelle tout semble possible et à laquelle le lecteur doit s'adapter.

Une science-fiction originale, riche, complexe, enthousiasmante, pour public averti. Bienheureux ceux qui parviendront au terme de ce premier tome ! Une suite en deux volumes est annoncée qu'ils attendront certainement avec impatience...

MGRB

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