Léviathan

Scott WESTERFELD

Pocket jeunesse, 2010



Début du xxe siècle : l'Europe se partage entre les clankers, adeptes de la mécanique, et les darwinistes, qui modifient les races animales. Après l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand, son fils, Aleksander, est obligé de s'enfuir à bord d'un mécanopode. Au Royaume-Uni, Deryn Sharp, jeune fille de quinze ans, se travestit pour être enrôlée dans la British Air Service. Lors de son premier test, une tempête  l'empêche de rejoindre le sol.

Léviathan ou les destins de deux adolescents dans une première guerre mondiale revisitée.

Scott Westerfeld s'était fait connaître en France avec Uglies. Ici, il mêle steampunk, aventures adolescentes, et première guerre mondiale. Un vaste programme minutieusement écrit, sans temps mort. Avec ce récit, l'Aventure est au rendez-vous. Côté visuel, les illustrations sont superbes ; que ce soit la couverture ou la carte de l'Europe. Les illustrations intérieures (Elles sont de Keith Thompson) rappellent les livres de Jules Verne édités par Hetzel.

S'il n'y a pas de temps mort, si le rythme est donné dès le premier chapitre, la psychologie des personnages n'est pas oubliée. Aleksander, le prince fugitif qui doit cacher ses origines, qui doit penser à sa survie, même si elle dépend de la mort de personnes innocentes. Deryn, sous le pseudonyme de Dylan, doit cacher le fait qu'elle est une femme et s'immiscer dans l'équipage masculin. Otto Klopp, le comte Volger accompagnent le prince Aleksander, mais ils ont des desseins cachés. Quant au docteur Nora Barlow, sa perspicacité pourrait mettre à mal les secrets des deux adolescents.

Les techniques utilisées par les deux camps sont brièvement décrites : comment fabriquer de l'hydrogène "naturel", comment faire marcher un robot bipède, comment armer son canon ? Avec des explications simples, Scott Westerfeld accroche son public. On croit aux baleines volantes, à son escadron ailé, aux robots.

Une écriture facile, des actions trépidantes, un bon scénario. Un livre qu'on ne peut lâcher avant la fin.

Il y a un côté Jules Verne dans cet ouvrage, notamment du côté des explications données par l'auteur sur ses idées. D'un côté il revisite le passé, de l'autre il anticipe l'avenir.

En juin dernier, Scott Westerfeld a reçu pour ce roman le prix Locus du meilleur roman pour la jeunesse.

Temps de livres


  

Les légions immortelles, T. 1

Scott WESTERFELD

Pocket, 2006
Traduit de l'anglais (USA). Première parution dans la langue originale en 2003.
coll. Science-Fiction, 413 pages, 8,60 euros



Voici le premier opus d'un space opera original. Nous sommes dans un futur lointain où l'humanité a depuis des millénaires colonisé un grand nombre de galaxies. Une partie d'entre elles sont regroupées sous la domination d'un empereur qui possède un fabuleux pouvoir, vieux rêve de l'Homme : la vie après la mort. L'empereur ressuscité, comme le nomment ses sujets des 80 mondes fédérés qui composent son empire, n'est pas un sorcier. Ce sont ses connaissances scientifiques qui lui ont permis de mettre au point le procédé qui ramène les morts à la vie, dont il garde jalousement le secret. Accéder à l'immortalité au sein de cette société n'est cependant pas automatique, c'est un honneur qui se mérite.
Si les civilisations extérieures à l'empire vivent en bonne intelligence avec celui-ci, il en est cependant une qui ne vit en paix avec personne, ce sont les Rixxes. Ces créatures qui se sont organisées en une espèce de secte prosélyte d'une rare virulence procèdent en raids éclairs sur les planètes sur lesquelles elles jettent leur dévolu, y installent grâce à des systèmes sophistiqués des programmes qui donnent naissance à de gigantesques méta-intelligences artificielles planétaires qu'elles adorent par la suite à l'égal de dieux. Et justement, une attaque rixxe a lieu sur la planète qui abrite la soeur de l'empereur, la " Raison ". Sa capture serait une catastrophe. Le fleuron de la flotte impériale est envoyé à sa rescousse, avec à sa tête le valeureux commandant Laurent Zaï. Réussira-t-il sa mission ? L'avenir de l'empire est en jeu, et son amour pour la belle Nara Oxham, le sénateur fou comme l'appellent ses ennemis, sera-t-il l'instrument de sa victoire ou de sa perte irrémédiable ?...

Sur une trame classique de société proto-féodale menacée par une barbarie extérieure, l'auteur a jeté l'esquisse d'une saga attachante. Ses personnages mêlent ce qu'il faut d'humanité et d'exotisme pour titiller l'imagination du lecteur friand de péripéties galactiques. Le jeu politique des différentes alliances entre factions au congrès qui dirige l'empire avec le dictateur génial est assez imaginativement décrit. Les sénateurs sont censés être élus pour cinquante années absolues, par exemple, mais passent de longues périodes en léthargie artificielle, ont des conseillers en myriades qui décryptent pour eux les tendances économiques et sociales intra et extra-planétaires, ont des implants qui leur permettent de suivre toute l'actualité de leur système comme sur de multiples écrans superposés devant leurs yeux, dont ils règlent l'intensité au gré de leurs besoins. Disons que le décor planté est plaisant et que les personnages introduits dans ce premier tome sont attirants. On a envie de savoir la suite...

Marion Godefroid-Richert

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