Ici reposent

Annelise ROUX

Gallimard, 2005
coll. Série Noire, 2005, 9,00 euros



Voici un roman polyphonique. Le procédé est connu : on raconte une histoire en la présentant successivement à travers les différents points de vue des proches d'un personnage dont on devine rapidement que ce roman relate le récit de la disparition. Le titre lui-même joue de manière évidemment tragique cette fonction programmatique.
Parmi les voix que l'auteur fait entendre de manière effroyablement juste, il y a Louis le pieux dit le lapin qui a une lecture divine du monde, sans doute pour exorciser et mettre à distance sa propre enfance rendue diabolique par un père rustre et violent. Il y a la comtesse, femme vieillissante un peu frustrée qui a une histoire avec Pascal. Et puis Jérôme, le fils à papa pas très clair avec son " ami " Pascal, excédé et compatissant à la fois. On entend aussi parler Rose, l'amoureuse fascinée et méfiante ; la mère, consternée et qui n'a rien compris ; Jean, l'amoureux transi de Rose ; Blue, le vieux juif autoritaire mais juste et enfin le vigile et le gendarme, qui dans la liste du personnel romanesque, donnent une bonne idée de l'orientation finale de l'histoire. Et puis surtout il y a Pascal dit Elmer et bien d'autres surnoms ridicules dont il s'affuble lui-même par dérision ou provocation, ou bien les deux, un être si complexe qu'il fallait effectivement que tous ces regards nous aident à construire son image ambiguë entre le salaud et le mignon qui fait un peu pitié, une sorte de Roberto Zucco que l'on voudrait à la fois claquer et prendre dans ses bras. Mais que diable allait-il faire ?... Pris au piège de son ambition inconsciente et de sa folie lucide, comme nous sommes pris au piège du récit d'Annelise roux qui met en place un protocole tragique de narration auquel on se doit de participer jusqu'au bout.
Annelise Roux nous offre là un kaléidoscope narratif fait des douleurs, des espoirs et des frustrations de personnages criants de vérité. Une bonne histoire, bien écrite, bien ficelée, au bon suspense.

Valérie Rodier-Bellec

partager sur facebook :