Un Choeur d'enfants maudits

Tom PICCIRILLI

Gallimard, 2006
coll. Folio SF, 296 pages, 6,60 euros



En plein coeoeur du sud des Etats-Unis vit depuis plusieurs générations la famille de Thomas à Kingdom Come. C'est un trou perdu comme il en existe tant de par le monde, où le temps semble s'être figé depuis l'arrivée de son grand-père il y a plus d'un demi-siècle. Les gens s'y connaissent tous, ne se fréquentent qu'entre eux, ne se reproduisent qu'entre eux. De cette promiscuité consanguine est né le frère triple de Thomas, Cole-Sébastian-Jonah, siamois reliés par leur boîte crânienne avec lesquels il vit et dont il prend soin dans leur énorme demeure familiale désertée par leur père et qui tombe en ruine. Cet été-là ne sera pas comme les autres : un idiot pervers s'amuse à persécuter les chiens de la région, et de vieux souvenirs enfouis de Thomas reviennent le tarauder. Un enfant mort, un meurtrier psychopathe... est-ce la chaleur étouffante, les tempêtes surnaturelles qui dévastent la ville, les rebouteuses-sorcières qui se mettent littéralement en morceaux pour les contrecarrer ? Ou bien la petite fille muette retrouvée dans le bayou et sa sucette géante ? Tom Piccirilli nous fait plonger au tréfonds d'un cauchemar qui semble tout droit sorti de l'imagination morbide d'un Todd Browning sous acide.

Que ce soit dans la description hyperréaliste de la vie des siamois, sentimentale et sexuelle, ou bien les errances mentales de leur frère aîné, on retrouve la patte d'un grand amateur lynchien. Le David Lynch de Twin Peaks et Lost Highway, où il existe encore un semblant de logique narrative mais où l'onirique terrifiant se mêle intimement au retour du refoulé et à l'inconscient introspectif. On plonge avec un frisson glacé dans ce voyage au pays des rednecks suants et moites de la Louisiane ( ?, peut-être) et de leur vie proche de celle de tribus primitives, régies par la superstition et la soumission aux forces occultes de la nature. On frémit en s'égarant aux confins de la raison et en apercevant à cette frontière ténue qui la sépare de la folie les monstres qui peuplent l'inconscient humain. En lisant, on se retrouve finalement comme le dit James Cameron à propos de son film Aliens à faire un " détour de 100 km sur de mauvaises routes à minuit par temps de brouillard ". Si vous ne boudez pas votre fascination pour les élucubrations morbides d'un esprit hors du commun, alors joignez-vous à ce choeoeur d'enfants maudits, son style vous ravira sûrement...

Marion Godefroid-Richert

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