Le Destin d'Oponé

Joël OLLIVIER

Auto-édition, 2012



L'espace connu se subdivise en cent dix-sept colonies qui réussissent à se réunir en un seul conseil. Chacune des espèces répertoriées y envoie des représentants et tout ce petit monde a le droit de s'exprimer et de soumettre à un vote démocratique une ou plusieurs revendications. Les startsunners, une espèce télépathe et énergivore, ont demandé à pouvoir se régaler sur la planète "Terre" de la sous-espèce qui y domine l'échelle du vivant, les hommes. Ces derniers sont tellement arriérés, rendus infréquentables par leurs instincts belliqueux, que pour les représenter le conseil a créé une espèce humanoïde hybride, les Oponiens. Lemmy d'Oponé est chargé de se rendre sur la Terre afin d'infiltrer les humains, de constater s'ils ont réussi à amener leur civilisation à un degré suffisant d'évolution selon les critères du conseil pour échapper à leur destin de "steak pour aliens" et enfin de révéler aux Terriens l'existence des autres civilisations galactiques. Ca, ça va être du sport ! Il se rend donc sur la Terre avec un startsunner qu'il baptise Yoda, qui observera la mission pour rendre compte auprès des siens des résultats de l'Oponien. Moultes péripéties les attendent !

Quel plaisir ! L'ami Joël nous fait la joie de reprendre son stylo. Comme il le dit si bien, c'est pour s'amuser et pour nous amuser. On peut à présent dire qu'on reconnaît sa patte : les petites notes de bas de page, l'humour en prime de l'explication. Au départ elles sont assez abondantes, et un mini-moment on peut avoir un peu peur qu'elles prennent le pas sur le récit. Ce serait préjuger de la sagesse de l'écrivain ! Il m'a réjouie d'ailleurs avec son proverbe personnel sur la question, car il se freine lui-même en expliquant qu'il veut éviter de nous servir "plus de bulles que de limonade"... Savoureux.

Et puis on ne se régale pas que des traits d'esprit dans ce premier tome de ce qui est appelé à devenir la deuxième trilogie de l'auteur. Il y a comme précédemment (dans le cycle d'Alimar, chroniques disponibles sur le site) une belle préoccupation de Joël pour le monde dans lequel nous vivons. Question environnementale, démocratie, enjeux humains du capitalisme galopant, tout est passé à la moulinette de son imagination sous la forme d'un beau jeu de massacre. Nous autres, homo hominis post-industrialis consumeris avons, il faut l'avouer, un avenir proche assez plausible et mérité dans la tête pensante de notre auteur finistérien favori. Cette oeuvre qui se réclame de la science-fiction (je n'invente rien, c'est écrit sur la couverture) est peut-être de l'anticipation ? Il n'y aurait pas de quoi se réjouir, promis ! Au moins, Joël Ollivier nous donne quelques petites chances de nous en sortir : les Vaïs, paysans recycleurs qui vivent en communautés restreintes, les bikers qui se font plaisir et pratiquent le troc et la liberté respectueuse, au moins deux alternatives séduisantes aux "gros"... Je vous laisse le plaisir de découvrir ce que recouvre la réalité de ce terme peu engageant.

Enfin bref, un chouette premier tome, ce dont je n'attendais pas moins de Joël Ollivier, et j'ai hâte de lire la suite. A signaler, ce livre est auto-édité mais n'en est pas moins de qualité, belle édition, belle illustration, lecture plaisante de l'"objet" livre. Pour ceux qui veulent connaître l'actualité de l'auteur, rendez-vous sur son site : http://joel-ollivier.net/ .

Marion Godefroid-Richert


J'avoue être fier de parler de ce livre. Autant quand on chronique un livre du type de 1Q84 de Haruki Murakami, on se dit que ce n'est pas nos quelques lignes, si enthousiastes ou décapantes soient-elles, qui vont changer grand-chose. Mais lorsqu'il s'agit d'un livre sorti à 200 exemplaires, en auto-édition, on sent peser une plus grande responsabilité. Car l'auteur, en plus d'y mettre ses tripes, y a mis sa bourse (il l'explique ici).

Et pour le dire simplement, ça déménage ! C'est d'une grande inventivité, plein d'humour, pas prétentieux pour un sou, ça coule tout seul... On rit, on sourit, on apprend des choses, certes pas toujours utiles, mais bien variées.

Le sujet prête plutôt au badinage d'ailleurs, il s'agit ni plus ni moins de décider si la Terre et ses habitants peuvent continuer à vivre ou si ils représentent un danger incurable pour la Galaxie qu'il faut éliminer. On est sur le point de statuer sur le sort de cette planète lorsqu'un Oponien rock-star adepte de sous-culture terrienne propose d'y aller pour vérifier si, décidément, ses habitants sont irrattrapables.

Et voilà, l'aventure est lancée. De rebondissement improbables en satire impitoyable, Joël Ollivier peint une fable rocambolesque, drôle et décalaminée d'une Bretagne bien mal partie dans un futur lointain.

A la rigueur, j'aurais pu vous trouver une excuse pour ne pas vous jeter sur ce livre s'il avait été d'un prix exorbitant, mais en fait il est disponible gratuitement ici. Si si, vous ne rêvez pas, c'est une autre spécificité de cet auteur qui semble avoir compris ce que l'ère numérique veut dire : son livre peut être librement distribué à condition d'y laisser le nom de l'auteur, de ne pas modifier son titre et de ne pas le vendre, cela grâce à une licence Creative Commons. Vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas le lire !

P.S. : Ah si, je bémolerai quand même ma chronique sur le trop faible nombre de mots par ligne dans l'édition du manuscrit.

Ismaël


  

Le treizième oeuf

Joël OLLIVIER

Barbu, 2007
Le cycle d'Alimar T.3
15 euros



Voici le troisième tome du cycle d'Alimar. Broncos et Debyan se séparent pour poursuivre leurs routes chacun de leur côté. Tandis que le géant débonnaire accompagne Smillow, sage ancienne « à la santé de saumon », le jeune mage suit sa douce montagnarde et la troupe dépenaillée qui tente de sauver le dernier des dragons. La tâche est malaisée car le grand guide du peuple des montagnes se laisse lentement mourir de faim par désespoir d'avoir perdu sa compagne (cf le tome 2 : Les coeurs jumeaux d'Alimar ). Lula va cependant aider l'immense bête à retrouver vie et santé en le délivrant du fardeau que lui a confié sa dragonne avant de mourir : ses oeufs. O miracle ! En plus des douze oeufs habituels le dragon délivre une pierre mystérieuse. Il s'agit en fait d'un des deux coeurs jumeaux d'Alimar, les joyaux qui apporteront paix, sérénité et longue vie au peuple des hommes quand ils seront enfin prêts (comprendre par là sages) à recevoir ce fabuleux trésor. Il va donc falloir réunir les deux pierres et les soustraire aux convoitises diverses de ceux qui ne les désirent que pour mieux asseoir leur pouvoir et leur soif de conquêtes et de richesse...
L'ami Joël continue de s'amuser et de nous divertir avec sa saga foutraque et joyeuse. Les petites notes de bas de page sont toujours là pour notre plus grand régal , avec toute la malice de l'auteur qui pimente le récit. On citera pour mémoire un jeu montagnard qui ressemble à une version pédestre et un tout petit peu moins brutale (mais pas grâce aux harpies qui y participent !) du bouzkachi afghan, le potar... Mine de rien, au fil des tomes qu'il égrenne maintenant régulièrement J.O. se joue parfaitement des codes de l'héroïc fantasy : le jeune héros pris malgré lui dans une quête qui le dépasse, la découverte de son destin exceptionnel, les vieux sages plus ou moins magiciens placés sur sa route par la providence pour mener la dite-quête à son terme. Et bien sûr amour et honneur au bout du chemin pour récompenser le valeureux héros! Il ne faut donc pas s'y fier, petit éditeur à petit tirage , le barbu a su reconnaître le talent là où il était. Et rendons hommage à la modestie de l'auteur : il a beau prétendre écrire avant tout pour se faire plaisir et nous faire plaisir, il fait preuve de rigueur et surmonte haut la main l'épreuve de la longue distance : pas d'essoufflement dans le récit et plaisir de lecture et d'écriture intacts. Bravo Joël !

Marion Godefroid-Richert


  

Les Coeurs jumeaux d'Alimar (Cycle d'Alimar, T. 2)

Joël OLLIVIER

Barbu, 2007
coll. Héroic-Fantasy, 361 pages, 15,00 euros
Egalement disponible par téléchargement, sous licence Creative Commons, sur www.cycledalimar.org



Broncos le colosse et Débyan le mage se remettent paisiblement de leurs précédentes aventures dans le village Waskiidi de la forêt maudite. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Broncos ne se faisait pas du souci pour le bien-être de son compagnon. En effet, si Broncos coule des jours heureux avec la charmante Marilia, le jeune mage menace, lui, de rester désespérément vieux garçon, ce que ne pourrait supporter son ami. Broncos décide alors d'entraîner Débyan vers d'autres contrées afin d'y provoquer quelque rencontre avec la gent féminine. C'est le début d'une nouvelle aventure riche de péripéties, de dangers, de magie et... d'amour !

Depuis la visite qu'il nous a aimablement rendue en juin 2006 (lire l'entretien dans la rubrique " Rencontres et animations "), Joël Ollivier suit son petit bonhomme de chemin. Après la bonne surprise qu'avait représenté le premier tome de son Cycle d'Alimar, le voici qui sort le volume suivant, et cette fois chez un éditeur, un vrai ! De surcroît, lui qui goûtait de l'indépendance que lui offrait l'auto-édition, il semble ne pas avoir souffert outre mesure de ce transfert dans une structure éditoriale classique : on retrouve ici la même liberté de ton et d'expression qui faisait tout le sel du premier opus. On saluera donc le courage de son éditeur, qui a même accepté que ce texte reste sous licence Creative Commons, et à ce titre librement téléchargeable sur le site Internet de l'auteur. Aux lecteurs à leur tour de faire preuve d'honnêteté en achetant le livre si la lecture du roman au format électronique les séduit.
Comme Le Choix de Silla, Les Coeurs jumeaux d'Alimar recèle son lot d'humour décalé et de situations rocambolesques au service d'une intrigue solidement menée dont l'on ne découvre véritablement les tenants et les aboutissants qu'à la fin du roman. L'on se souviendra notamment d'une troupe de pirates complètement déjantés, d'un tournoi de magie hors du commun et surtout d'un couple de dragons pacifiques et attendrissants (le comble, pour des dragons ! Joël Ollivier ne respecte vraiment rien !). Un peu plus encore que dans le livre précédent, on sent également transparaître le souci de l'auteur pour les problèmes d'environnement, notamment par le biais d'une intéressante réflexion sur les responsabilités de l'homme face à la Nature.
L'auteur nous a fait l'amitié de nous citer en début d'ouvrage, qu'il en soit à son tour remercié. Bon vent, Joël !

Mikael Cabon


  

Le Choix de Silla (Cycle d'Alimar, T. 1)

Joël OLLIVIER

Auto-édition, 2006
243 pages, 15,00 euros
Egalement disponible par téléchargement, sous licence Creative Commons, sur www.cycledalimar.org



Le jeune mage Débyan est en fuite. Sur un coup de tête, il a quitté l'école de magie de Bercigore où il suivait sa formation depuis sa plus tendre enfance. Or, cette disparition n'est pas du goût de l'archimage Bolzoc qui mettra tout en oeoeuvre pour retrouver la trace de l'apprenti magicien. Pour survivre dans les contrées mal famées qu'il devra traverser, celui-ci saura s'entourer de précieux alliés, à commencer par Broncos, un colosse bien plus futé que ses allures de " mastard " ne le laissent paraître. Ensemble, les deux compères gagneront leur indépendance, iront à la rencontre de nouveaux peuples et apprendront, en somme, à vivre...

Une excellente surprise que ce livre. Ayant manifestement choisi délibérément la voie de l'auto-édition, par conviction plutôt que par dépit, Joël Ollivier semble se délecter de son indépendance, en s'offrant au passage le luxe d'un très bel objet avec des cartes en couleur (s'il vous plaît !) sur les pages intérieures de couverture. Usant d'une liberté de ton surprenante, il prend un malin plaisir à parsemer son roman de petites notes de bas de page qui sont autant de pied de nez à l'édition traditionnelle. Drôles, décalées et parfaitement inutiles — mais l'auteur assume ! — ces notes n'auraient certainement pas survécu au stylo rouge de la relecture chez un éditeur ! Pas plus que n'auraient résisté les petites blagues et libertés stylistiques — allant jusqu'au régionalisme : qui, à part un Finistérien, comprendra pourquoi Broncos s'écrie " Hopala ! " à tout bout de champ ? — qui truffent ce récit et lui donnent un ton si personnel, si réjouissant : " Hopala ! Pour ce qui est de nager, je veux bien, reprit le géant avec le sourire typique de celui qui se prépare fièrement à sortir une grosse connerie. Mais ce serait dommage de gâcher toute cette ruse que nous avons déployée pour égarer nos poursuivants, à mon signal tout le monde devra donc nager en marche arrière ! " (p. 137).

L'intrigue a ceci de particulier qu'il faut attendre le dernier chapitre pour savoir de quoi il retourne exactement. Débyan est en fuite, c'est un fait acquis, mais pourquoi ? Mystère ! L'on se délecte donc des diverses péripéties rencontrées par les héros dans leur course en avant, en attendant d'en savoir plus. C'est drôle, rythmé, enlevé... et plein de personnages attachants, qui plus est ! Le personnage de Broncos, brute épaisse au coeoeur tendre doublé d'un ami loyal, est particulièrement réussi. Le jeune Débyan semble un peu en retrait pendant toute l'aventure, mais l'on découvre pourquoi à la fin.

A noter aussi un comique de situation imparable : l'utilisation de la magie est tellement épuisante pour les mages que ceux-ci sont obligés de s'accompagner de " mastards ", des colosses écervelés mais tapant fort, pour les protéger et accessoirement... les porter sur leur dos ou dans les bras après une séance de lévitation ou de télékinésie qui les laisse amorphes et sans énergie. L'on se débrouillerait parfois bien mieux sans magie !

Enfin, l'on sent poindre également une réflexion sur l'isolationnisme, chaque peuple vivant replié sur lui-même, dans une crainte permanente de l'autre, de l'inconnu, dressant d'immenses barrières pour s'abriter chez soi ou au contraire cantonner l'étranger à son territoire. L'on attend donc d'en apprendre un peu plus dans les prochains tomes sur ce monde qui s'annonce d'ores et déjà très riche.

A signaler pour terminer que ce roman peut être téléchargé gratuitement (sous licence Creative Commons) sur le site Internet consacré par Joël Ollivier à son Cycle d'Alimar. En quatrième de couverture, l'auteur annonce la couleur : " Ecrire ce roman m'a demandé pas mal de temps et d'énergie. Cependant, au-delà du plaisir personnel de tenir dans mes mains la matérialisation de mes efforts, j'espère que ce roman permettra de créer un espace d'échange et de discussion, si modeste soit-il. " Tout un programme.

Mikael Cabon

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