Lord Gamma

Michael MARRAK

L'Atalante, 2003
coll. La Dentelle du Cygne. 19,50 euros
Traduit de l'allemand. Première parution dans la langue originale en 2000.



Une route rectiligne apparemment infinie, sans le moindre virage ou le plus petit carrefour, une route divisée en tronçons de taille et d'aspect identiques. Une route déroulée suivant une pente légèrement descendante, dans un décor figé, immuable et silencieux. Aucune issue à droite ni à gauche : l'escalade des montagnes bordant la route ne permet que de revenir à son point de départ, comme autour d'un cylindre ! Sur cette route, une vieille Pontiac profite de la pente continue pour avancer : si elle a un moteur, il est hors d'usage. A son bord, Stan Ternasky, dont on ne sait rien, si ce n'est qu'il recherche "l'original" de sa compagne, Prill, enfermée dans l'une des stations qui jalonnent la route, à raison d'une par tronçon. D'aspect extérieur identique, ces stations abritent quelques centaines de clones, toujours les mêmes, mais avec une organisation sociale qui leur est propre. L'exploration de ces stations mènera Stan de surprise en surprise. Que fait-il dans ce monde étrange ? Il aimerait bien le savoir lui-même !...

Passionnant de bout en bout, cet excellent roman, sorte de road-movie spatio-temporel, explore avec une grande originalité les questions entourant l'identité de l'être et ce qui sépare le réel de l'imaginaire. Il y a du Matrix là-dedans (ou du Platon, pour son mythe de la caverne, c'est la même chose), du Cube aussi (ou du Huis clos de Jean-Paul Sartre, c'est la même chose aussi), une bonne dose du Philip K. Dick d'Ubik et de Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. Fort d'un imaginaire extrêmement riche, Michael Marrak s'amuse à perdre le lecteur dans un labyrinthe multidimensionnel où tout n'est qu'illusion et où derrière chaque personnage peut s'en cacher un autre... L'auteur mène de front trois intrigues parallèles et imbriquées avec une rare maestria pour aboutir à un final époustouflant où l'on comprend enfin, en même temps que le héros, ce que l'on vient de lire. Enfin, au chapitre des remerciements apparaît, "en tant qu'ami, collègue et, last but not least, mentor", le nom d'un certain Andreas Eschbach. Tiens donc ! Une telle référence ne peut qu'inciter à se pencher avec intérêt sur cet auteur talentueux.

Un premier roman enthousiasmant, original et plus que prometteur ! Un auteur qui, assurément, fera encore parler de lui. A suivre, donc !...

MGRB

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