Délires d'Orphée

Catherine DUFOUR, Colin MARCHIKA

Baleine, 2007
Collection : Club Van Helsing
156 pages. 9.90 euros



Nouvelle collection des éditions Baleine, dont on avait clamé trop tôt - et on s'en réjouit - la disparition, le Club Van Helsing se propose, sur le modèle de son illustre prédécesseur aux bras ballants, de donner la parole à un auteur différent pour chaque ouvrage, sur la base d'une " bible " présentant les personnages canoniques de la série.
Pour ce Délires d'Orphée, c'est Catherine Dufour, l'auteur du Goût de l'immortalité, qui s'y colle. Parmi les personnages imaginés par Guillaume Lebeau et Xavier Mauméjean, co-directeurs de la collection, elle a choisi celui de Senoufo Amchis, harponneur de son état. Il aura pour mission de retrouver une mystérieuse carapace de tortue, dérobée dans la collection privée de Hugo Van Helsing lui-même, et qui aurait le pouvoir de plonger quiconque s'en approcherait dans le désespoir le plus profond. C'est le début d'une traque doublée d'une quête intérieure dans un Londres aquatique où rôdent les personnages mythologiques les plus inattendus.
Porté par le style remarquable de l'auteur, le lecteur se laisse guider sans effort dans cette enquête urbaine et iodée, entre Melville et Pierre Loti. Pour ce Moby Dick en mer Égée, Catherine Dufour détourne, malmène, triture à l'envi les grands mythes antiques pour se les réapproprier et les intégrer à son histoire. On se retrouve ainsi face à un roman pétri d'une grande culture, mais en même temps d'une inventivité et d'une imagination sans cesse renouvelées. Le personnage bourru et solitaire de Senoufo est diablement sympathique et c'est avec un grand plaisir qu'on l'accompagne dans sa quête. Point d'hémoglobine et de combats à outrance ici, l'enquête se poursuit avec une certaine nonchalance obstinée de la part du héros, qui guette vaillamment sa proie à bord de sa baleinière fantasmée, armé de son seul harpon à barbelures d'argent.
Et quand le lecteur finistérien l'entendra s'exclamer " Gast ! Au diable ce putain d'équipement ! " (p. 108), il se dira qu'il a eu bien raison, ce serait-ce que pour ce clin d'oeil au parler local, d'entamer la lecture de cet ouvrage d'aventures mythologiques qui fleurent bon l'air du large.

Mikael Cabon


Les Gardiens d'Aleph-deux

Colin MARCHIKA

Mnémos, 2004
19,00 euros



Dans un futur proche, la conquête de l'espace voit s'affronter les académies Daxiang (pour la Chine) et Tsiolkovsky (pour l'Amérique, l'Europe et la Russie) mais la recherche piétine. L'Académie Daxiang a certes enregistré d'importants progrès dans son étude de la vitesse de la lumière mais est encore bien loin de propulser un vaisseau à cette vitesse. C'est alors qu'interviennent les frères Hendricks, deux génies chacun dans leur domaine, qui ouvrent les portes de l'Espace Second, ou Aleph-un, et démontrent par les mathématiques que rien ne sert d'essayer d'atteindre la vitesse de la lumière quand il suffit de plier l'espace pour atteindre en quelques jours n'importe quel point du cosmos. C'est le début d'une nouvelle ère pour l'humanité qui a désormais accès à toutes les ressources minières de l'univers. Mais les voyages en Aleph sont loin d'être de tout repos et plus les recherches avancent, plus les dangers liés à ces déplacements se précisent...

Sur une idée de départ proprement géniale, Colin Marchika nous offre ici un roman très bien construit, fort de personnages foisonnants et surtout d'une grande originalité. Malheureusement, après une première partie palpitante qui met l'eau à la bouche du lecteur et lui donne envie de suivre les péripéties des explorateurs des Alephs, l'auteur dévie sur un long compte-rendu des luttes de pouvoir et stratégies internes opposant l'Académie Tsiolkovsky et le consortium minier FeCoNiCuZn, dont l'on se lasse, il faut le dire, assez vite. Il faut attendre la fin du roman pour revenir enfin aux Alephs et en savoir un peu plus sur leur nature, mais si peu ! L'on aurait tellement voulu en apprendre plus sur ce phénomène que c'en est frustrant. Une suite, un jour, peut-être ? Les Gardiens d'Aleph-deux n'en reste pas moins un très bon roman entre fresque historique et épopée scientifique où le côté Hard-Science du propos reste suffisamment maîtrisé pour ne pas noyer le lecteur et, au contraire, ouvrir son imaginaire à la rêverie. Un livre qui donnerait - presque - envie de se remettre aux maths ! A noter, enfin, la superbe illustration de Manchu.

Mikael Cabon

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