Magouilles sans frontières

Marc LERÉAH

Orbestier, 2009



L'enlèvement de deux journalistes français en Irak est en fait une magouille dont l'objectif est de rapporter un gros paquet de pognon aux deux indélicats. Samuel, journaliste, va mener sur place sa propre enquête, malgré les actions des services secrets français.

Après Ultime Pandémie et Guantanamo opération porte ouverte, voici le troisième livre de Marc Leréah, un habitué des fictions prenant racine dans l'actualité, le plus souvent internationale. L'idée est assez classique, dans la lignée des prises d'otages que la France ne connaît hélas que trop bien (Ingrid Bettancourt, Francoise Claustre, Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat hélas exécuté, Christian Chesnot, Georges Malbrunot...). Mais là où le scénario est plus original, c'est que cette prise d'otages n'est en réalité qu'une magouille. Et là où l'on atteint un degré supplémentaire, c'est lorsque le lecteur apprend que les services secrets français sont au courant, mais qu'ils vont tout de même jouer le rôle de sauveurs !
 
Les calculs présidentiels et leur machiavélisme sont parfaitement bien rendus : pour un président en mal de popularité, libérer un otage est une excellente affaire, et tout particulièrement lorsqu'une élection difficile approche. Y aurait-il un clin d'oeil à l'actualité ? On se souvient de l'implication du président actuel dans plusieurs affaires d'otages : la maternelle de Neuilly, les infirmières bulgares, Ingrid Bettancourt ou les membres de l'Arche de Zoé... Un otage est un enjeu politique, comme le souligne le livre de Marc Leréah, une occasion de regonfler le score d'un homme public en difficulté. L'auteur rappelle également certaines pages délicates de notre histoire, comme celle de la France-Afrique et de ses dictateurs, grands amis de notre République. Les déclarations du président Etienne Labarthe sont de celles qui n'engagent que ceux qui les écoutent. Ainsi, en parlant des journalistes : "Jamais, vous entendez, jamais je ne tolérerai la moindre atteinte à une des professions les plus dignes de respect et aux hommes et femmes qui l'exercent avec passion et courage." Les allusions de Marc Leréah à un pouvoir en perte de vitesse qui utilise les otages comme occasion de positiver son image, sont à peine cachées. Bien sûr, lecteur, pas la peine de chercher bien loin !

L'auteur sait ménager un certain suspense, comme lorsqu'il comprend pourquoi cette prise d'otages est une fumisterie. Mais toi, lecteur, tu ne l'apprendras que deux chapitres plus loin ! Dommage que cette stratégie de maintien du suspense ne soit pas plus utilisée. Les chapitres sont courts : 3 à 5 pages. Le lecteur n'a guère le temps de s'éterniser sur une situation. On ne s'ennuie donc pas mais, à la fin de certains passages, le lecteur reste un peu sur sa faim : quelques scènes gagneraient à être développées, améliorant ainsi le suspense et la profondeur de ce bouquin. Les persos sont à peine effleurés et on en reste à une image parfois un peu fleur bleue, comme avec Marie, l'hôtesse de l'air qui finira bien sûr par taper dans l'oeil de Samuel. Finalement, un sujet de ce type aurait mérité un peu plus d'étoffe. Dommage.

Au fait, lecteur, tu connais le mot "scrofuleux" ? Eh bien, c'est l'occasion (p. 118) de le rencontrer.

Au final, une fiction dans l'actualité de l'Irak, qu'on ne s'embête nullement à lire mais qui aurait certainement gagné à être un peu moins survolée.

Marc Suquet


  

Ultime pandémie

Marc LERÉAH

Orbestier, 2009
188 pages, 12 euros



En Afghanistan, Al Qaïda inocule des virus dangereux à des cochons dans l'objectif de contaminer les populations d'infidèles. Un scientifique britannique leur prête main forte.

Le moins que l'on puisse dire c'est que Marc Lereah tombe à pic. La grippe A/H1N1, il n'y a guère d'autres sujets sur les radios et télés nationales. A l'origine, l'auteur avait eu l'idée de ce scénario catastrophe avec la grippe aviaire. Il avoue donc qu'il ne lui a fallu que quelques changements pour se mettre au goût du jour.

A 57 ans, Marc Leréah est un habitué des livres liés à l'actualité : en 2004, il livrait Guantanamo, opération portes ouvertes et cette année, Magouilleurs sans frontières qui décrit l'histoire de journalistes organisant leur propre enlèvement en pleine guerre d'Irak. Marc Leréah est lui même un voyageur, tenté dès 17 ans par le désert d'Israël. Il avoue également avoir roulé sa bosse dans les métiers qu'il a exercés : de kibbouzim à fabricant de gants de toilette.

Le scénario de ce livre est intéressant et ses développements prenants. On découvre avec inquiétude l'imagination des terroristes. Une imagination qui ne semble pas sans fondements quand on se souvient du botulisme ou de l'anthrax. Un plan existe en France pour ce type de terrorisme. Le lecteur se laisse donc prendre dans cette guerre technologique livrée à partir de l'Afghanistan.

Il manque pourtant dans ce livre un zeste de pêche : des scènes de suspense qui donneraient un rythme plus soutenu à ce bouquin. Le ton est presque un peu lent et le lecteur que je suis, aurait bien aimé, de temps en temps, avoir une petite scène d'action : on en trouve quelques unes à la fin mais un peu tardivement. Le livre est une course contre la montre, on aurait pu y sentir un peu plus de rythme. Le style est essentiellement descriptif et manque de dialogues qui aideraient à sortir du coté un peu "compte rendu" de ce travail.

Il en reste tout de même un bon petit bouquin que j'ai lu avec plaisir, placé au coeur de l'actualité et qui donne envie de découvrir les autres livres du même auteur.

Et puis, et puis, j'ai découvert que Marc Leréah était un fan de 1984, mon livre fétiche !

Une petite interview de l'auteur sur le web pour finir.

Marc Suquet


Guantanamo opération porte ouverte

Marc LERÉAH

Jigal, 2004
coll. Polar, 15 euros



Cinq ans après l'inauguration du centre de Guantanamo, les attentats terroristes se sont multipliés partout en Occident sans que rien ni personne ne parvienne à y mettre un terme. Or d'après ses collègues et les instances supérieures de l'Etat, l'idée que vient de leur exposer Daniel Forbes, membre de la CIA, est jugée pour le moins grotesque et farfelue pour ne pas dire complètement dingue : pour venir à bout du terrorisme islamiste, il suffirait de libérer les milliers de fanatiques parqués à Guantanamo et ailleurs, des gens dangereux qu'il est raisonnable de mettre hors-circuit mais dont l'incarcération provoque des mouvements d'dhésion massifs envers les thèses et les méthodes des islamistes. Les libérer leur ferait perdre la vitrine grâce à laquelle ils promeuvent leur cause. Et le but ultime de cette amnistie serait de "les retourner avant leur sortie de prison afin qu'ils deviennent, sans même se douter qu'ils sont manipulés, les fossoyeurs de leurs anciennes organisations et de leurs dirigeants". En fait, il s'agirait de créer "des conditions pour qu'une lutte à mort s'engage entre les groupes islamistes comme Al Qaïda, le G. I. A. , Le Hezbollah, le Hamas et leurs membres retenus prisonniers". Il va sans dire qu'il faudra du temps, des mois et des mois, pour que ce travail de manipulation fasse son oeoeuvre et qu'on libère ensuite les prisonniers... Cette proposition essuie comme prévu un rejet catégorique. Daniel Forbes qui croit fermement en son idée ne s'avoue pas vaincu pour autant. Il décide donc de se passer d'une autorisation gouvernementale et d'initier le projet en fomentant l'assassinat soi-disant orchestré par une organisation super fondamentaliste et qui trouverait les autres trop tièdes, d'un chef terroriste tel qu'un lieutenant de Ben Laden. Forbes et son équipe de fins limiers épluchent les dossiers des prisonniers terroristes incarcérés un peu partout dans le monde. Une première liste de noms est établie qu'il s'agit ensuite d'écrémer jusqu'à ce qu'ils parviennent à une liste restreinte. Y figurent cent douze noms de prisonniers endurcis par des années d'internement : des terroristes fermement convaincus que leurs dirigeants sont responsables de leur défaite et qui seraient susceptibles de vouloir et de pouvoir tenter de les renverser, cent douze candidats - idéals bien qu'involontaires - à la manipulation, grâce auxquels Forbes et son équipe pensent pouvoir remonter jusqu'au "Guide", Oussama Ben Laden "himself". Puis ne reste plus qu'à trouver celui sur qui va reposer ce projet machiavélique. Le choix se porte sur Rahmon Assaniev, ami et meilleur agent de Elliot Green - le responsable de la CIA pour l'Asie Centrale -, qui a décidé d'aider Forbes à mettre en oeoeuvre son projet. Rahmon Assaniev est un musulman qui abhorre l'extrémisme et le fanatisme islamistes responsables de la mort de sa femme et de son fils et des blessures occasionnées par l'explosion de la voiture familiale. C'est lui qui, au Caire, exécute la "cible", Malek Ben Amar, un chef intégriste responsable de nombre d'attentats sanglants commis au nom de l'islam à Bali, en Malaisie et aux Philippines, un des meilleurs lieutenants de Ben Laden, qu'il surprend au lit en compagnie d'un jeune amant. Ne lui reste plus qu'à filmer la scène macabre afin de pouvoir revendiquer ce meurtre au nom du vrai intégrisme, et à contacter quelques journalistes égyptiens et étrangers travaillant au Caire, avant de prévenir la police. L'affaire ne pourra pas être étouffée. Dix jours plus tard, la grande manipulation peut enfin commencer...

L'attentat terroriste dont les Etats-Unis ont fait les frais le 11 septembre 2001 n'a pas fini d'inspirer les écrivains et de faire couler de l'encre. Certainement inspiré par ce triste événement, le roman de Marc Leréah ne déroge pas à la règle. Il est bien sûr question ici de la confrontation entre Américains protectionnistes, fermement persuadés de défendre une cause juste en plus de la sécurité de leur territoire, et les extrémistes musulmans, en lutte ouverte contre l'impérialisme et le grand capital, de complots ourdis ou bien à déjouer et de catastrophes à éviter par tous les moyens. Mais il sera aussi question d'amour, de mort, de chantage, de trahison, de compromission, d'argent et de pouvoir. L'intrigue est intéressante, non dénuée d'humour, correctement construite autour d'une trame classique et, bien que sans grande surprise et parfois cousue de fil blanc, se déroule agréablement. Il va sans dire que les extrémistes sont ici les méchants, les Américains les gentils, ceux qui se battent pour leur bon droit et se trouvent par là même du bon côté de la barrière. Enfin, pas tous, et force est de reconnaître que parmi les "gentils", certains se comportent de façon franchement dégueulasse. Quant aux "manipulés", mieux vaut penser que s'ils le sont, c'est parce qu'ils le veulent bien. Comment donc ces gens qui se méfient de tout, pourraient-ils accepter aussi facilement, aussi simplement et aussi naïvement le premier venu pour nouveau compagnon. Cela semble somme toute assez peu crédible ! Mais bon !...

Un roman d'espionnage qui se laisse lire sans ennui.

MGRB

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