Celui qui part

Paul CAUUET, Wilfrid LUPANO

Dargaud, 2015
Les Vieux Fourneaux, T. 3



Le retour des vieux qui assurent. On les retrouve pincés par les flics dans une manif durant laquelle, déguisés en abeilles, ils attirent l'attention du public sur la mort de leur insecte fétiche au nom de leur collectif "Ni yeux ni maîtres". Dans ce troisième tome, le héros, c'est Mimile. Et, le Mimile, il a vécu : la pêche au gros en Australie, des bagarres dans des rades avec son pote Errol, des plongées au milieu des requins pour récupérer des trésors... Quel caractère, ce Mimile, comme ses potes !

J'avais kiffé le premier tome et été déçu par le second. Dans ce troisième tome, on retrouve la fine équipe, plus en forme que ses artères, plus râleuse que jamais. C'est sympa et drôle et on ne s'embête certainement pas. Mais on n'atteint toujours pas le niveau du premier tome : l'effet de surprise initial ?

Marc Suquet


  

Un océan d'amour

Wilfrid LUPANO, Grégory PANACCIONE

Delcourt, 2014



Tous les matins, ce pêcheur part de son port breton pour aller assurer le couvert de son foyer. Mais aujourd'hui, le bateau est entraîné dans les filets d'un navire-usine. Sa femme qui l'attend, traversera le monde à la recherche de son petit marin.

En voilà une jolie surprise ! Un album sans aucune parole, mais tendre et émouvant. Une belle histoire d'amour entre ce tout petit pêcheur qui paraît bien frêle face à l'océan et cette Bretonne toute en muscles qui mettra de côté sa peur de l'avion et quittera son Breizh natal pour retrouver son homme.

Le dessin est coloré mais en même temps sombre. Il sert merveilleusement le côté un peu bonhomme des deux héros, mais aussi la profondeur de leur histoire. Un zeste d'écologie concernant les océans de plastique qui dérivent au large.

Bien vu ! De la part du scénariste des Vieux Fourneaux, c'était logique. Mais aussi quand on sait que Là où vont nos pères est la référence des auteurs. Je like !

Marc Suquet


  

Ceux qui restent

Paul CAUUET, Wilfrid LUPANO

Dargaud, 2014
Les Vieux Fourneaux, T. 1



Ils arrachent trop du string, les papys ! Réunis pour la crémation de Lucette, la femme d'un des trois, ils se souviennent de leur passé. Celui de Lucette qui quitte l'usine pharmaceutique pour monter un théâtre ambulant. Antoine, le mec de Lucette qui l'a un peu trop laissée tomber pour les réunions syndicales, ou encore Mimile, tatoué de partout et qui doit être le seul blanc à avoir joué au rugby contre les îles Samoa !

Y a du syndicalisme et du lourd. Jeune, on hésite pas à casser une machine à la masse quand le patron souligne qu'elle fait mieux son travail que l'employé.

Côté style, ils ne sont pas non plus de tout repos, les papys : "Tu peux me dire pourquoi tu embarques du pain à une crémation ? Tu veux te faire des tartines grillées ?", ou encore "A nos âges, y a plus guère que le système qu'on peut encore besogner". J'adore aussi l'Antoine qui du haut de ses rares cheveux blancs débarque dans les réunions familiales en clamant "Y a de la gonzesse !" Des trouvailles superbes : Pierre est membre de ni yeux ni maîtres, une asso de vieux aveugles anars qui met le boxon dans les soirées branch. Et puis un romantisme d'airain saisit Antoine lorsqu'il apprend que le patron de l'usine pharmaceutique, Garan-Servier (ca vous rappelle rien ce nom pour un labo ?) était l'amant de sa Lucette !

Ils ont de la personnalité, les papys, mais aussi plein de coeur. C'est drôle, enlevé, touchant. On ne peut que les trouver sympas, les papys. J'adore !

Marc Suquet


Un vent frais provenant d'une histoire de vieux.

Non, on ne parle pas de relents gastriques intempestifs, mais d'un zéphyr de nostalgie soufflant sur une histoire sincère.

Ainsi peut-on décrire Les Vieux Fourneaux. Emile, Antoine et Pierre sont amis de très très longue date. Se retrouvant pour l'enterrement de Lucette, la défunte épouse d'Antoine, les trois compères évoquent le passé et ressortent de vieilles rancunes.

Entre syndicalisme acharné et patronat de la bouffe, entre scène crédible et loufoquerie de cartoon, entre squelettes dans les placards et polichinelle dans le tiroir, ce premier tome nous invite en 56 pages dans l'intimité d'une amitié durable. Les flashbacks et les scènes secondaires à l'histoire donnent une profondeur incroyable au récit, mettent en abîme les personnages en nous donnant des clés de compréhension sur leur personnalité.

Le dessin soigné et le trait espiègle rendent la lecture fluide. Mais au-dessus de tout, loin là-haut dans les nuages, cet album se démarque par ses DIALOGUES.

Les bulles sont remplies à ras bord d'un parler vrai audiaresque, duquel les générations représentées se saisissent sans accrocs. Et pourtant ce n'est pas de la tarte.

Mais il paraît que c'est dans les vieux fourneaux qu'on fait les meilleurs gâteaux.

Alain


  

Alim le tanneur, tome 1 : Le secret des eaux

Virginie AUGUSTIN, Wilfrid LUPANO

Delcourt, 2004



Alim, tanneur de son métier, est chargé par le commissaire Reinkhol de nettoyer la sirène tueuse égarée sur la plage. Dans les viscères de celle-ci, il trouve les habits de Jesameth, le dieu auquel tout le peuple auquel il appartient croit profondément. C'est donc la preuve de l'erreur de son peuple qu'il détient là : Jesameth n'est pas au ciel. Un aveu que le grand prêtre va lui faire payer cher, ainsi qu'à sa fille : ils sont tous deux condamnés à mort. Mais le grand-père va les sauver.

Voilà un très bon album ! D'abord une société bien décrite, stérilisée par sa croyance en Jesameth. On sent poindre chez les auteurs un point de vue militant : la religion serait-elle l'opium du peuple ? Une société inquiétante  donc, dans laquelle la détention du pouvoir semble être une clef. L'histoire est intéressante, pleine de rebondissements et de rythme. les persos sont sympa : le héros Alim est convivial et touchant. Sa fille a bien du caractère et le grand-père, qui aide son fils et sa petite-fille, est lui aussi sympathique. L'album est en plus servi par un bon dessin plein de couleurs. Une vraie réussite !

Annecat

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