Le vol des Harpies

Robin HOBB, Megan LINDHOLM

Mnémos, 2004
Premier roman de l'auteur. Premier tome de la série "Le cycle de Ki et Vandien.
Traduit de l'anglais (USA). Première parution dans la langue originale en 1983.



Ki, une Romni, c'est à dire qu'elle fait partie des gens du voyage, vient d'accepter de convoyer, dans son chariot tiré par deux chevaux nommés Sigurd et Sigmund, une marchandise de prix pour le compte d'un de ses clients habituels. Pour ce faire il lui faudra emprunter, à travers une région entourée de légendes effrayantes, une route de montagne extrêmement dangereuse et franchir le col des Deux Soeoeurs. Commence alors un long et périlleux voyage dans la neige, au cours duquel les souvenirs d'un passé pas si lointain lui reviennent. Ki, la solitaire au coeoeur meurtri, la femme sans foyer, sans espoir, la vagabonde à l'âme dorénavant insensible et imperméable à l'amour, se remémore l'homme qu'elle a tendrement chéri, son mari Sven, et leurs deux enfants, tous trois massacrés par des harpies. Lui reviennent aussi les événements qui ont suivi cette tragédie : la manière dont elle a assouvi sa vengeance, tué et involontairement détruit les oeoeufs de l'une des responsables de son deuil. Or "les Harpies n'abandonnent jamais une dette de sang. Pour une vie prise, une vie doit être donnée"... Elle se rappelle la période de veuvage passée dans la famille de sa belle famille issue d'un peuple qui honore les harpies et qui l'accuse d'avoir rompu les liens qui les attachaient depuis toujours à ces cruelles créatures mythiques puisque la famille de Sven ne peut plus communiquer avec ses morts ni s'appuyer sur eux pour diriger leur vie. Le passage du col sera pour Ki une épreuve qu'elle traversera (avec un dénommé Vandien, croisé en route et qui deviendra son compagnon) sans cesse traquée par des harpies vengeresses...

Grâce à son cycle de "L'Assassin royal", Megan Lindholm, plus connue sous le pseudonyme de Robin Hobb, écrivain prolifique dont les histoires passionnent hommes et femmes, adultes et adolescents, fait partie depuis quelques années, du cercle des plus célèbres auteurs anglo-saxons de fantasy. "Le Vol des Harpies", en fait une oeoeuvre de jeunesse, n'a pas la profondeur des romans qui ont fait son succès. En quelques pages à peine, Megan Lindholm brosse tout un univers moyenâgeux peuplé d'humains, mais aussi de créatures mythiques tout droit issues de la mythologie grecque. Elle procède par de petites touches subtiles, presque minimalistes. Jamais elle ne se laisse aller au lyrisme de grandes envolées narratives. Résultat : son histoire apparaît crédible, intéressante et réaliste à souhait. Il s'agit d'un texte très descriptif, trop peut-être, ce qui fait que le lecteur s'ennuie tout de même un peu parfois, une geste individuelle et intimiste concentrée autour d'une femme éprise de liberté et en butte aux traditions de tout un peuple, une héroïne attachante, vivante et vraie, dont les moindres gestes et les introspections sont décrits avec une grande minutie. En fait, il n'y a pas à proprement parler d'action dans ce roman avant tout psychologique si ce n'est le difficile et périlleux franchissement d'un col, et l'intrigue est entrecoupée d'innombrables flash-back qui, bien que perturbant la narration et la rendant plus opaque, créent néanmoins une tension qui monte crescendo. Il y sera question d'amour, de tendresse, mais aussi de douleur et de deuil, de compassion aussi. Enfin, cette épopée est l'occasion toute trouvée de livrer le portrait d'une femme libre et courageuse, émouvante, touchante, écorchée vive, la rage et la douleur au ventre, sans famille et désespérée, à la fois sensible et pouvant faire preuve d'une haine implacable, apte au meurtre pour assouvir sa vengeance, parfaitement à même d'affronter les éléments et les épreuves qui font obstacle à sa progression.

Une fantasy intimiste et originale.

MGRB


Le dernier magicien

Robin HOBB, Megan LINDHOLM

Mnémos, 2003
Traduit de l'anglais (USA). Première parution dans la langue originale en 1986.



Il déambule tous les jours, suivant un circuit immuable, dans les rues de Seattle où il tente de s'occuper comme il peut, tant bien que mal, en ayant toujours soin de respecter scrupuleusement un certain nombre de règles personnelles... Il doit nourrir et protéger les pigeons, s'emploie à écouter et à aider tous ceux qui l'approchent. A leurs questions, il se doit, quand il en a connaissance, de dire la vérité, toujours la vérité. Pas de mensonges. Pas d'omissions. Rien que la vérité délivrée nue et sans fard... Il ne doit pas avoir plus de quelques pence en poche pour débuter la journée... Il doit se cacher pour regagner le squat qui lui tient lieu d'abri... "Il", ce clochard, ce vagabond paumé, c'est le Magicien. Cassie, la fille adoptive de Merlin l'enchanteur, elle-même magicienne, lui a dévoilé toute la magie qu'il porte en lui. Maintenant il vit dans l'oubli... Qu'on lui laisse faire ce qu'il sait faire, et c'est tout ! Depuis combien de temps est-il là ? Il n'en sait rien, il en a perdu jusqu'au souvenir. Hélas pour lui, voilà qu'un jour son passé, lourd de toutes les exactions qu'il a commises durant la guerre du Vietnam, refait surface et qu'une force étrange et maléfique le poursuit, le hante, tente de prendre le contrôle de son esprit, menace ses amis, la ville tout entière voire le monde. Il va lui falloir combattre, opérer un choix : combattre son passé et ses démons intérieurs, au risque de tout perdre y compris la vie ou ne rien faire et fuir. Fuir ? il sait, pour l'avoir déjà fait, comment il convient de procéder... Alors...

Megan Lindholm qui a depuis connu la célébrité grâce à "L'Assassin royal", [7 tomes traduits publiés aux éditions Pygmalion ; réédition au format poche par les éditions J'ai Lu], excellent cycle de fantasy qu'elle a choisi de signer sous le pseudonyme de Robin Hobb, nous offre avec "Le Dernier magicien" l'un de ses tout premiers livres. Rien à voir avec ce qu'elle a écrit depuis... Il s'agit là d'une fantasy originale puisqu'elle se déroule dans un univers urbain, contemporain de surcroît. Pleine d'émotions, triste et sombre, une jolie histoire sur la quête de soi, sur la lutte contre les démons intérieurs qu'on peut être amené à affronter pour échapper à la folie, réussir à vivre pleinement, à vivre debout... Mais à quel prix parfois ! L'intrigue est bien construite, mais elle progresse bien lentement, tout doucement si bien que peut-être certains lecteurs amateurs d'actions rythmées se lasseront et abandonneront leur lecture en cours. En toute honnêteté, il faut du reste reconnaître qu'il ne se passe pas grand-chose de trépidant. D'autres n'échapperont pas au charme poétique qui se dégage de cette intrigue intimiste dans laquelle Seattle, bien plus qu'un simple décor, réaliste, angoissant ou propice au merveilleux, s'impose comme un personnage à part entière.

Un roman insolite, sensible, pétri d'humanité et qui mérite bien qu'on s'y attarde.

MGRB

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