Blues Bar

Ace ATKINS

Masque, 2005



Décembre 1968, un homme et sa maîtresse, la femme du grand chanteur de soul Clyde James sont froidement assassinés. De nos jours, Loretta, soeur de James, reçoit la visite de deux hommes qui lui posent des questions sur son frère, lequel a disparu depuis 15 ans. Tout le monde le croyait mort, mais il serait réapparu à Memphis quinze jours plus tôt. Intriguée, Loretta demande à son ami Nick Travers, ancien joueur de football américain devenu musicologue et détective privé à ses heures, de mener l'enquête. Dans un sud des Etats-Unis envahi par les machines à sou et où ce qui à fait sa richesse culturelle, à savoir le jazz, le blues et la soul, n'est plus qu'un souvenir ravivé peu ou prou par des amateurs plus ou moins sincères, Travers croisera la route du gratin de la pègre sudiste, de politiciens véreux et d'une bande de néo-fascistes à l'américaine. Accompagné d'Abby, la fille des amants assassinés, qu'il a tirée des griffes de Perfect Leigh, une tueuse tout aussi cinglée que son comparse fan d'Elvis, Travers devra échapper à tout ce petit monde pour découvrir la vérité sur la mort de Clyde James.

Blues Bar, troisième roman d'Ace Atkins, publié aux Etats-Unis sous le titre de Dark End of the Street, a été clairement inspiré par James Carr, chanteur de soul rendu célèbre en 1966 pour sa chanson du même nom. Ace Atkins prend donc visiblement plaisir à décrire le berceau des musiques noir-américaines en multipliant les références propres à réjouir les amateurs. C'est notamment par le biais de son personnage de musicologue enquêteur, sorte d'Alan Lomax qui serait entré dans un roman de Chandler, que l'auteur réussit à exprimer sa nostalgie d'un delta du Mississippi qui n'est décidément plus ce qu'il était. Même Clarksdale, ville natale de Bukka White, Son House, John Lee Hooker et tant d'autres, où vécut longtemps Muddy Waters, n'a plus rien de l'image d'Epinal que peuvent en avoir les admirateurs de ces grands noms du blues. S'insinue donc un climat lourd de nostalgie qui n'est pas sans rappeler l'ambiance de la série de films sur le blues présentés par Martin Scorsese, notamment Devil's Fire de Charles Burnett, le didactisme en moins. Ce n'est sans doute pas un hasard si l'on reconnaît d'ailleurs en couverture de l'édition française la photographie qui a servi à l'affiche du film de Scorsese Du Mali au Mississippi... Bien évidemment, tout cela, aussi jubilatoire soit-il, ne suffirait pas à faire un roman, et Ace Atkins réussit admirablement à s'appuyer sur ce contexte culturel pour évoquer les problèmes de cette région qui lui tient à coeur tout en développant une intrigue solide, forte de personnages hauts en couleurs et de situations rocambolesques. L'on oubliera vite une scène de torture à la cire dépilatoire d'un ridicule rare (pardonnez-moi, Mesdames) et l'on se souviendra plutôt des rapports intéressants entre les personnages et d'une enquête fort bien menée. Un livre qui donne envie de se pencher sur le reste de la production de son auteur.

Mikael Cabon

partager sur facebook :