Disparition

Martha GRIMES

Presses de la Cité, 2005
collection Sang d'encre
Traduit de l'anglais (Etats-Unis), première publication dans la langue originale : 2002



Nell Ryder, la petite-fille du propriétaire d'un grand haras de la région de Cambridge, en Angleterre, a disparu. La jeune et talentueuse cavalière a été apparemment enlevée en même temps que son cheval Aqueduc il y a près de deux ans. Or, si tout espoir de la retrouver vivante semble vain, certains refusent de se résoudre à admettre l'irréparable, notamment son oncle Vernon, qui nourrissait pour elle de troubles sentiments. Quand Richard Jury apprend que Nell était la fille de son médecin d'hôpital, lui et Melrose Plant décident de mener l'enquête...


Dix-septième enquête de Richard Jury, Disparition risque de désarçonner (sans mauvais jeu de mots) le lecteur qui n'aurait pas lu les précédents ouvrages de la série, tel votre serviteur. En effet, Martha Grimes se révèle experte dans l'art de l'ellipse et ne distille les informations qu'au compte-gouttes. C'est vrai pour l'enquête narrée dans ce volume, ça l'est également pour les références aux événements passés et à des personnages présumés connus du lecteur. Néanmoins, le procédé est tout sauf désagréable : il est plutôt flatteur pour le lecteur que l'écrivain fasse confiance à sa perspicacité pour déduire d'une simple allusion ce qu'il est censé comprendre de lui-même. Quant aux références aux anciens épisodes — nullement nécessaires à la compréhension de l'intrigue —, elles ne feront qu'aiguiser sa curiosité et le pousser à entreprendre la lecture de la série depuis le début.
C'est que Martha Grimes s'y entend à raconter des histoires. Son intrigue est impeccablement construite, pleine de rebondissements et retournements de situation parfaitement inattendus. Sans dévoiler trop de choses, il suffira de dire par exemple que le mystère se trouve partiellement résolu au bout d'une centaine de pages seulement pour montrer qu'il ne s'agit pas là d'une enquête des plus banales ! C'est un autre des côtés déroutants du roman : Martha Grimes emmène toujours son lecteur là où il s'y attend le moins...
Et que dire des personnages, si ce n'est qu'ils sont tous attachants et hauts en couleurs. L'auteur aime ses personnages et cela se sent. Même le dénommé Vernon Rice, as de la finance et créateur compulsif de start-ups diverses et variées apparaît des plus sympathiques, et ce à juste titre, l'homme étant par ailleurs doté d'énormes qualités : l'on échappe en cela au cliché habituel du " méchant capitaliste irrécupérable ". (1) Martha Grimes prend un malin plaisir à laisser ses personnages s'exprimer au fil de longues digressions, de conversations de pub en péripéties rocambolesques, laissant son imagination voguer pour mieux explorer les relations entre les habitants de son petit monde. Tout ce qui tourne autour de l'ermite de Melrose Plant est, à ce titre, particulièrement savoureux !
Enfin, l'on découvrira avec plaisir le milieu du hippisme anglais, fort détaillé, mais toujours de manière fascinante, jamais ennuyeuse. L'on notera à ce propos le bon goût de l'auteur (ou de son traducteur) pour ce qui est de nommer les chevaux : " — Ryder possède un tas de pur-sang très précieux : beau Rêveur, Mauvais Genre... — Mauvais Genre, pas mal comme nom. Bizarre pour un cheval. " (p. 35).
Disparition s'impose donc comme un roman très agréable et fort divertissant à glisser dans sa valise pour les vacances.

(1) Pour l'anecdote, c'est en le décrivant sans ménagement, qu'un interlocuteur de Vernon donne l'une des meilleures définitions de la " nouvelle économie " qu'il m'ait été donné de lire : " [...] tu étais déjà comme ça gamin. Tu étais prêt à tout à partir du moment où il y avait un profit à réaliser. Tu coupais des crayons en deux, les retaillais puis revendais chaque moitié pour un penny de plus qu'un crayon normal. Sauf les moitiés avec une gomme, celles-là, tu les vendais deux pence de plus. " (p. 57).

Mikael Cabon

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