Douze mètres cubes de littérature

Roland FUENTÈS

Rocher, 2003
Prix Prométhée de la Nouvelle 2003. L'auteur, directeur de la revue Salmigondis, est né à Oran en 1971.



Recueil de nouvelles d'un auteur inédit, Roland Fuentès, "Douze mètres cubes de littérature" est une collection d'histoires, vingt-six au total - auxquelles il convient d'ajouter "Lettre à Guy Rouquet", texte dans lequel Roland Fuentès se présente -, pour la plupart très courtes, qui ont en commun l'irruption d'un fantastique poétique et non horrifique dans la banalité du quotidien. Ici, un critique littéraire se laisse mourir de faim après avoir découvert l'oeoeuvre de l'auteur de sa vie, oeoeuvre dont la lecture l'absorbe à tel point qu'il ne dort ni ne mange plus... Là, un tailleur de diamants de Saint-Claude se met miraculeusement à secréter de grandes quantités d'un lait qui met en liesse tous ceux qui l'absorbent... Là encore, une femme vit dans une ville faite de tours comptant des centaines d'étages et dont les cimes branlent au gré du vent. Plus loin, une taupe creuse, sous un lotissement, un réseau de galerie qui finit par faire s'écrouler les constructions. Plus loin, des femmes vivent avec leurs chiens dans un pavillon entouré d'un parc dans lequel elles organisent des courses pour leur unique plaisir...

Créé à Lourdes par Guy Rouquet, l'Atelier Imaginaire, "association à but non lucratif, s'attache à promouvoir de nouveaux auteurs d'expression française et à développer le goût de la nouvelle et de la poésie auprès des lecteurs. Elle organise à cette fin le Prix Prométhée de la nouvelle et le Prix de poésie Max-Pol-Fouchet [...] décernés sur manuscrit par des jurys internationaux prestigieux". Les recueils primés, tel "Douze mètres cubes de littérature", sont ensuite édités par les éditions du Rocher. Absurdes, déroutants, graves et parfois tragiques, étranges, insolites, souvent drôles, toujours légers, les vingt-six brefs récits de Roland Fuentès qu'introduit la préface d'Abdelkader Djemaï, écrivain méditerranéen lui-même "natif, à deux décennies près, de la même ville, Oran qui tourne, selon Camus, le dos à la mer", se grignotent avec plaisir en "apéritifs livresques". Le jeune auteur fait preuve ici d'un réel talent de nouvelliste. Pas de longueurs, des situations inattendues mises en scène avec une économie de moyens remarquable. Témoignant d'une belle inventivité, d'un vocabulaire riche et recherché, et d'une fibre poétique certaine, on pourrait trouver dans ces aventures une parenté - lointaine - avec Jacques Prévert et Lewis Carroll. Leur petit défaut serait quand même, tels des "amuse-bouches littéraires", d'être trop courtes et en tant que telles de s'oublier presque sitôt lues. Au moins nous ont-elles mis en appétit, impatients que nous sommes à vouloir déguster plus consistant. Alors, à quand un roman ?

Quoi qu'il en soit, l'auteur fait preuve d'une imagination fertile et d'un talent de conteur indéniable. Alors, ne boudons surtout pas le plaisir d'un agréable moment de lecture.

MGRB

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