Le Vétéran, T. 1

Frank GIROUD, Gilles MEZZOMO

Glénat, 2017



Maxime Danjou a laissé sa tête sur le champ de bataille de Waterloo. Devant lui se présente une femme qui prétend être sa femme, celle de Théodore Brunoy. Danjou ou Brunoy : cauchemar ou machination ?

Bon, difficile de dire que j'ai été passionné par cet album. L'ensemble est classique, très classique : les scenarii de perte de mémoire sont rarement très originaux et l'histoire ici ne sort guère des sentiers balisés : une femme un tantinet fatale, des acteurs venant, par petites touches, coincer Danjou/Brunoy dans sa mémoire perdue et quelques rencontres montrant qu'il y a tout lieu de se poser la question du complot, comme celle de la cousine de la soubrette de l'épouse, qui avoue à Danjou que sa femme a renvoyé tout le personnel il y a deux années. Tiens, tiens...

Le dessin ne m'a pas davantage attiré et pourtant Gilles Mezzomo était le dessinateur d'Ethan Ringler, le jeune fils de bonne famille débarqué aux USA.

Complot ? Perte de mémoire ? Le lecteur ne connaît bien sûr pas le fin mot de l'affaire à la sortie de ce premier tome et, perso, je crains fort d'en rester à ce stade de la question.

Marc Suquet


  

Emie (Nouveau Monde, tome 1)

Denis-Pierre FILIPPI, Gilles MEZZOMO

Glénat, 2010
coll. Grafica



Mai 1755, un navire s'échoue sur la côte d'Acadie. Les naufragés massacrent les autochtones qui, pourtant, les attendaient. Dès le lendemain, la bande s'enfuit devant les Anglais qui les pourchassent.

L'album est construit en deux temps : l'histoire présente et le retour dans le passé décrivant le voyage sur le bateau.

Ben, j'ai pas trop kiffé. Le thème n'a pas grand-chose d'orignal. Canoë Bay, sur la même époque, est d'une tout autre teneur. Le dessin de Nouveau Monde est fort peu détaillé et un poil mécanique. Les expressions et les visages manquent profondément de caractère et de détails. La colorisation, elle, est très froide. Si bien qu'on ne peut pas faire sienne cette histoire. Peut-être, cet album est-il destiné à un public plus ado ?

Marc Suquet


Luka, tome 9 : Une guerre de basse intensité

Denis LAPIÈRE, Gilles MEZZOMO

Dupuis, 2004
coll. Repérages, 9,80 euros



Carlito est hébergé par un couple. Il suit une section sports-études loin de ses parents. Ceux-ci qui devaient venir le voir ne sont pas présents à l'arrivée de l'avion. Tout s'enchaîne alors : la maison du couple qui reçoit Carlito est cambriolée, Carlito est victime d'une tentative d'enlèvement qui échoue cependant, puis on cherche à le tuer. Serait-ce en lien avec les activités anti-castristes de son père ?
Un dessin réaliste, vif et coloré. Un scénario sympa qui mélange une histoire pleine de rebondissements et de rythme. On en sort sans savoir pourquoi Carlito est le centre de tous ces problèmes. Les personnages sont plutôt sympa : Carlito jeune sportif, plein de fougue et un peu perdu de ne pas retrouver ses parents, Luka, un enquêteur plein d'énergie, spécialiste en criminologie en milieu urbain et la Patronne, la flic qui déploie tous les moyens pour protéger Luka. C'est plutôt bon et prenant.

Annecat


Tecumska

Denis-Pierre FILIPPI, Gilles MEZZOMO

Dupuis, 2004
Ethan Ringler agent fédéral : 1



"Mon nom est Tecumska. Je suis le dernier représentant de ma tribu et l'appel du monde des esprits se fait de plus en plus pressant à mon âme et à mon coeoeur. Avant de partir pour ce dernier voyage, je voudrais pouvoir parler un peu des miens. Raconter mon histoire à qui voudra bien l'écouter et surtout l'entendre... Car je n'ai pas toujours été Tecumska et long fut le chemin pour moi avant de mériter ce nom..."
... A la fin XIXe siècle, Ethan Ringler, dix-sept ans, fier et intelligent, héritier d'une famille aisée d'industriels anglais, dont le père récemment décédé et le grand-père sont armuriers, mais dont la mère était une Indienne, quitte Londres pour l'Amérique et débarque à New York, bien décidé à retrouver la tribu dont sa mère était issue. Il refuse la vie facile que lui a préparé son aïeul dans les beaux quartiers pour aller s'installer dans un quartier plus mal famé mais à la portée de sa bourse. Toutes ses tentatives pour trouver du travail se sont soldées par des échecs. A cours d'argent, il se résout à vendre un des deux prototypes de revolver qu'il a amenés d'Angleterre. Des drôles d'engins : des calibres 44, entièrement automatiques et à chargement par la crosse, d'une capacité de tir de douze coups en huit secondes. Des armes terriblement redoutables. C'est dans un dancing où la nouvelle chanteuse émoustille bien des hommes qui, perdant le sens commun, défouraillent pour un rien, qu'Ethan est finalement embauché comme barman : grâce à son arme peu ordinaire, il a en effet tiré le patron de l'établissement d'un bien mauvais pas. Courageux, plein de ressources, mais terriblement inconscient, le jeune homme s'attache Van Rhinelander, un homme d'affaires dangereux, affilié à la pègre, tout d'abord intéressé par les armes d'Ethan et qui lui propose d'entrer à son service en qualité de garde du corps. La police fédérale qui soupçonne Van Rhinelander d'être le responsable d'un réseau de trafiquants spécialisés dans l'enlèvement d'Indiens, l'invite à accepter sa proposition...

Le scénario imaginé par Denis-Pierre Filippi dans ce western moderne qui mélange savamment quête identitaire et intrigue policière est de facture classique. Il nous fait plonger dans l'ambiance de la New York grouillante de vie où, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, le luxe côtoie la misère, les beaux quartiers les bouges, où la violence et l'argent règnent en maîtres, où nombre d'immigrants venus d'Europe débarquent, l'esprit conquérant ou plus simplement pleins d'espoir en un avenir meilleur, où les vapeurs et les grands voiliers assurent la liaison entre le vieux continent et l'Amérique en pleine mutation et où enfin, dans l'indifférence générale, les derniers Indiens survivent et meurent, pouilleux et misérables, relégués purement et simplement au rang d'animaux sans importance. Le décor est solidement planté. Et puis est mise en scène une intrigue à la fois palpitante et rythmée, intéressante, mais sur laquelle planent encore de larges plages de mystère, animée par des personnages typés, hauts en couleurs, vivants, attachants, à la personnalité bien trempée, parfois trouble et souvent complexe. Bref, hommes et femmes sont parfaitement crédibles et l'on sent que le destin d'Ethan Ringler, agent de la police fédérale, se trouvera étroitement lié à l'évolution inexorable du continent nord-américain et s'inscrira dans l'histoire de ce qui deviendra les Etats-Unis. Le graphisme de Gilles Mezzomo - un dessin réaliste, efficace et beau, un trait à la fois souple, nerveux et vigoureux, on sent l'influence ou l'hommage à Jean Giraud, créateur de Blueberry - colle à merveille au scénario, tant dans le traitement des décors, des ambiances que dans celui des personnages. L'ensemble est bien charpenté, ficelé avec art, souvent cadré serré, bénéficie d'un découpage efficace, ainsi que d'une mise en page et en couleur des plus soignées.

Le premier tome d'un western dans l'esprit de la série culte "Les mystères de l'ouest", qui mérite bien qu'on prenne le temps de le découvrir avant de s'y plonger sans retenue aucune.

MGRB

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