La Colline de cristal

Frédéric H. FAJARDIE

Hors Commerce, 2003
Nouvelles



Douze nouvelles mettant en scène des personnages paumés, au bout du rouleau, courant à leur perte. Une galerie de portraits terribles d'hommes qui n'ont plus prise sur les événements qui les ballottent tragiquement. Douze nouvelles noires qui sont autant de cris d'un écrivain stupéfait de constater que tant de bêtise, de méchanceté, de cruauté encombre encore notre monde...
  1. "La marelle" : L'inspecteur Geismann ne supporte plus l'existence depuis qu'il a tué, "par accident", une petite fille qui jouait à la marelle... car "tuer un enfant c'est les tuer tous"...
  2. "L'incendiaire" : Teddy, le jeune pyromane que son patron a toujours maltraité vient d'être viré et de son travail et de la maison qu'il occupait avec sa mère. Il sait que ses poursuivants ne le lâcheront pas. Pas cette fois-ci. Pas après le vingt-deuxième incendie !...
  3. "La colline de cristal" : Des policiers véreux donnent la chasse à un ex-collègue. Leurs ordres : le flinguer car il a osé s'attaquer aux puissants de "la Colline de cristal", "le genre d'endroit où l'on se sent pauvre même avec vingt-cinq ans de salaire en poche"...
  4. "Gare au zoo" : Un jeune travesti semble le seul refuge d'un ancien officier de l'Armée Rouge, traqué dans le Berlin en guerre de l'année 1942...
  5. "Keep straight" : "Plus paumé que toi on crève !", disent à Rudy les marginaux qui l'ont accueilli gentiment alors qu'il était en pleine déconfiture, à deux doigts de la clochardisation... lui, l'ancien maître assistant à la Faculté des Lettres... Ça avait été cela, sa vie. Des hauts et des bas... En ce moment, il est plutôt question de bas : Rudy est en plein naufrage...
  6. "Terreur blanche" : Les dernières heures de trois rescapés de la Grande Armée, "Mamelouk", un capitaine, un colonel, traqués par les royalistes, victimes de la Terreur Blanche... et oubliés par l'histoire officielle...
  7. "Aux galères" : "Il n'a pas tué, il n'a pas volé... mais il se retrouve - quasiment - aux galères !" Un flic ayant mené une vie particulièrement minable et décidé à en finir avec la vie, rédige son "testament spirituel"...
  8. "Point mort" : - "J'ai besoin de toi, François ! Vite !" - "Bouge pas, connard, j'arrive !" Ce n'est pas la première fois que le quincaillier Marc-Antoine Pavesie, "le connard", fait appel à son frère François... le commissaire principal François Pavesie, flic corrompu, pourri jusqu'à la moelle. Il faut dire que les deux frères ont "leur façon de s'aimer" ! Une drôle de façon !...
  9. "Ratmen" : Jacky, étudiant en vacances chez son oncle dans le Nord, va découvrir le folklore de la région. Il découvrira également que l'honneur consiste peut-être à "ne pas en avoir"...
  10. "Kilomètre 138" : "Pas de doute : l'endroit - kilomètre 138 - était parfait. Le train allait passer là, vingt-cinq mètres au-dessous". Didier Lafaye, blessé par la vie, une vie complètement ratée, allait tirer sur un bonhomme...
  11. "Chasse à l'homme fragile" : Alain Ricollet, quarante et un ans, ancien d'Algérie, traqué par les gendarmes, est bien décidé à ce que pour une fois "le gibier" ait le dernier mot. Parce que c'est sa forêt, ses collines, son pays... Il va leur montrer "les djebels du Pays d'Auge" ! "Il va les niquer, ces enfants de putains ! Comme en Algérie !", lui qui est devenu Mohammed Pont-Lévêque, citoyen du monde, paysan de la terre, homme libre...
  12. "Diagonales" : Un soir d'hiver 1981, un homme se souvient... Il se souvient de "la dernière représentation" musclée donnée en 1967 par René Hocquart, condamné par la médecine, le patron au crochet d'acier du restaurant "Aux Pirates du Mékong", dans le XIIIe arrondissement. Il se demande comment a pu se passer la rencontre "là-haut", entre Hocquart, la Princesse Fu, Mao Tsé-Toung et le terrible Huong-dents-d'acier... Il regrette également ses rêves de réussite et ses années perdues...

S'il fallait trouver un point commun à ces douze nouvelles, on pourrait dire que beaucoup d'entre elles se déroulent "dans le décor obscur et violent des villes d'il y a vingt ans". Dans ce décor - qui n'a que très peu changé de nos jours - se débattent des personnages blessés qui souffrent et crient, sans espoir d'être entendus, des personnages en fuite et qui ont tous "la mort aux trousses"... Mais on n'échappe pas si facilement à son destin dans l'univers de Fajardie. Personnages perdus dans leur solitude, leur désespoir, subissant leur existence comme une fatalité. Personnages qui soldent leurs comptes avec une société inhumaine et injuste, une société où l'intolérable est souvent toléré. Insoumis, révoltés, laissés-pour-compte, outsiders de la vie, ils n'intéressent personne ou presque... Fajardie, écrivain prolifique et subversif, a le don, sinon de nous les faire aimer tous, du moins de nous les rendre humains et dignes d'intérêt. Ses nouvelles nous tordent les tripes et nous dévastent le coeoeur. A travers ses personnages fortement typés, Fajardie témoigne du monde dans lequel nous vivons. Il témoigne avec férocité, avec hargne, mais aussi avec tendresse. La folie, la sensibilité, l'humour, la poésie ne sont jamais absents. Fajardie, le gueulard sarcastique, mais aussi le tendre, le nostalgique, le mélancolique, le lucide, a ce don précieux d'aimer ses personnages au point de rendre pathétiques même les plus monstrueux d'entre eux. Pour ce faire, il s'appuie sur un style sec, dépouillé et flamboyant à la fois. Son écriture concise, acérée, parfois traversée de fulgurances poétiques, d'humour caustique, devient une arme pour cet écrivain éclectique et ô combien talentueux, témoin révolté d'un monde qui bascule, d'une société de plus en plus désarticulée. Fajardie, en plus d'être un grand romancier (il est également auteur de pièces radiophoniques, adaptateur et dialoguiste de films) maîtrise totalement l'art si difficile de la nouvelle. Comme les Anglo-Saxons, les rois du genre, il écrit vite et bien ! Fajardie - "Fajar", comme on l'appelle familièrement - que l'on a comparé au grand Dashiell Hammett et dont on a dit qu'il était "l'auteur le plus réjouissant depuis Manchette" (J.C. Zylberstein), fait déjà partie de la légende du roman noir français.

"Un auteur majeur" à découvrir - ou à redécouvrir ! - de toute urgence !

MGRB

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