Villa des Quatre Vents

Jean FAILLER

Palémon, 2012



Louis Sayze, sexagénaire patron d'une société d'audit, a été abattu d'une balle dans le coeur avec sa jeune compagne de lit à la Villa des Quatre Vents située dans la tranquille commune de Kerpol. L'enquête, sensible et explosive, finit par être confiée à Mary Lester, toujours jeune commissaire émérite de Quimper. Épaulée par un  informaticien, un sous-Bérurier bien propre sur lui, et surtout par son chat, elle déjouera les menaces fomentées par la DCRI.

Comme son héroïne, Jean Failler a lui aussi découvert un trésor, mais l'exploite ici avec moins de bonheur : récit à rallonge vantant lourdement les mérites du fleuron de l'automobile française, placement produit encore plus lourdingue que dans un mauvais James Bond.

Un tombereau de clichés poisseux campe les personnages caricaturaux, les plus réussis semblant sortir d'un San Antonio en très mauvaise forme, verve et auto-dérision en moins.

L'intérêt régionaliste de ces deux tomes labellisés "produit en Bretagne - culture et création" n'est pas évident, pas plus que l'intrigue.
Par contre, les amateurs d'une certaine idée de la France immortelle seront en phase avec une Mary Lester de plus en plus ostensiblement croyante, homophobe et réactionnaire.

Pierre


  

Casa del Amor

Jean FAILLER

Palémon, 2010
Coll. Les enquêtes de Mary Lester



Voilà que Mary Lester se retrouve envoyée pour des raisons politiques sur l'île de Noirmoutier pour une enquête au sein d'une famille du cru. Empoisonnement ? Manipulation ? L'enquêtrice s'installe sur l'île et se fait accepter par tous les îliens, qui lui révèlent les petits secrets et les anecdotes qui font toute l'histoire de ce livre.

Ainsi donc, Mary Lester répond avec le doigt sur la couture du pantalon à la requête du pouvoir politique. Son "goût de la provocation" ne la fait pas bondir et ne provoque aucune réaction lorsqu'on lui explique qu'elle part sur l'île de Noirmoutier mener l'enquête en toute discrétion afin d'éviter que la presse d'opposition n'utilise ce simple fait divers pour créer une polémique autour d'un membre du gouvernement, contraint par les événements de prendre des mesures impopulaires. Nous avons connu une Mary plus réactive, mais il est vrai qu'elle préfère aller à Noirmoutier que dans une zone de non-droit. C'est elle qui le dit, en tout cas.

Passons sur ce détail et attaquons l'aventure. La traversée du Gois, la visite de l'île sur un deux-roues (à moteur, tout de même), la découverte de quelques lieux et personnages loin du tourisme font tout le sel de cette aventure sans complications où le temps passe doucement et où le plus grand danger couru par Mary serait de manger des coquillages pas frais. Les faits sont clairs pour l'enquêtrice qui n'a plus qu'à creuser un peu pour trouver une solution afin de sauver les veuves et l'opprimé en évitant de voir "l'affaire" éclater au grand jour.

Manque de chance, la solution choisie est celle qui sauve l'honneur du pouvoir politique au détriment de la vérité. Tant pis si cela risque d'entraîner par la suite la mort de plusieurs personnes.

Et pour Mary ? L'honneur est sauf aussi, puisqu'elle aide la gentille de l'histoire à faire un pied de nez aux méchants.

Dommage pour le début et la fin de cette histoire, car c'est certainement ce livre qui contient les meilleurs morceaux d'écriture de Jean Failler, qui est vraiment bon lorsqu'il ne cherche pas la complication à la mode thriller. Je le trouve très agréable à lire dans ses rencontres de personnages et sa visite de divers lieux à travers leur âme et leur histoire.

Roland Drover


  

Il vous suffira de mourir

Jean FAILLER

Palémon, 2009
552 pages. 16 euros



Lilian Rimbermin aurait mieux fait d'emprunter la voie express au lieu de passer par Saint Gwénécan ce matin-là. Il aurait ainsi rejoint sa tendre amie Mary Lester pour quelques jours de bateau à la Trinité sur mer. Mais non, il a fallu qu'il fasse un détour pour voir un éventuel nouveau client. Rajoutez là-dessus un accident, un garde-champêtre et quelques villageois pas piqués des hannetons, faites mijoter au téléphone en sussurant des insanités mâtinées de menaces et vous voilà avec une enquête de Mary Lester au lac de Guerledan. C'est qu'il ne faut pas la chercher la capitaine ! Elle va donner des leçons de self-defense et de psychologie policière à tour de bras en essayant de ne pas trop vexer la gendarmerie nationale du coin. C'est quasiment seule (en tout cas officiellement) que Mary se met en chasse de braconniers tueurs de garde forestier. Elle en profite pour se pencher sur les drôles de moeurs locales en laissant Lilian à ses cabanes dans les arbres.

Mary Lester ne passera donc jamais de vacances tranquilles ! Il faut ici près de 600 pages réparties en deux tomes avec sous-titres pour que la capitaine arrive au bout d'une enquête où les embûches surgissent à tous les coins de chapitres. Il est dommage d'avoir séparé en deux ce qui n'est au final qu'un seul et même livre. Ce sont peut-être les aléas techniques de l'édition qui veulent cela. Pour le reste, c'est du Jean Failler pur jus. Les personnages sont présentés en quelques lignes et il ne faut guère plus de temps pour mettre en place une situation. Heureusement, cela ne se fait pas au détriment de l'histoire ou du plaisir de la lecture. On a tout de même l'impression que le premier tome est un passage obligé pour l'auteur (et du coup le lecteur). JF se lâche plutôt dans le deuxième volume dans le développement et l'interaction entre des personnages dont on pouvait se demander pour certains ce qu'ils faisaient là. Un bon bouquin à lire dans l'omnibus, un volume aller et un volume retour.

Roland Drover


Le renard des grèves : 1 - 2

Jean FAILLER

Palémon, 2003
Vingt-deuxième aventure en deux tomes de Mary Lester



Où l'on retrouve Mary Lester, la jeune et jolie capitaine de police, enquêtrice officiant pour le compte de la PJ de Quimper, à Kerlaouen, gros bourg nord-finistérien de la Côte des Légendes ouvert sur la Manche. Après avoir résolu une affaire délicate qui l'avait amenée à Nantes, elle réintègre son service, mais à peine a-t-elle eu le temps de souffler que son patron, le commissaire divisionnaire Fabien, Directeur des Polices Urbaines, lui confie une nouvelle enquête dont les premiers faits remontent à près de vingt ans. En 1986, un bateau dont l'amarre avait été coupée au couteau s'est fracassé sur les rochers, résultat d'une malveillance dont l'auteur à ce jour n'a pu être démasqué. Les choses hélas n'en sont pas restées là ! Depuis ce premier naufrage, pas moins de quatre-vingts autres bateaux ont en effet été vandalisés par ce mauvais plaisant que la population locale a très vite nommé le renard. Les habitants du cru soupçonnent bien François Brendaouez dit Fanch, dernier goémonier de la place et un des derniers marins-pêcheurs professionnels du coin d'être le responsable de ces délits. Sans preuve. Et la situation empire, devient même explosive alors que l'enquête des gendarmes piétine. La colère couve à Kerlaouen et menace d'autant plus d'éclater que la vague de vandalisme a tendance maintenant à gagner la terre ferme. Des voitures et des remises sont en effet incendiées et les habitants qui s'inquiètent de plus en plus se sont organisés en patrouilles. S'il n'y a pas encore eu mort d'homme, cela pourrait bien se produire. Mieux vaut prévenir que guérir, raison pour laquelle le commissaire charge donc sa collaboratrice préférée de se rendre sur place incognito pour tenter de ramener le calme dans la bourgade. Mary, bien sûr relève le défi !...

Mary Lester est une héroïne sympathique, pétillante et dégourdie, intelligente, un brin impertinente et pleine de ressources qu'on a plaisir à retrouver d'aventures en aventures. Jean Failler nous offre ici, déroulée en deux volumes, agréablement écrite dans le style simple, fluide et direct qui lui est personnel, une intrigue bien ficelée, plantée dans un décor armoricain que tous les Bretons auront plaisir à reconnaître. Quelques longueurs, peut-être et une action peut-être un peu moins rythmée qu'à l'ordinaire, mais qu'importe ! L'intrigue est bien construite, bien menée, crédible, vivante. On ne s'ennuie pas et on passe un bon moment à se détendre en compagnie d'une héroïne qui n'a pas sa langue dans sa poche et demeure toujours aussi attachante. L'histoire s'inspire, comme la plupart des autres aventures de Mary Lester, d'un certain nombre de faits réels - des actes de vandalisme attribués par les habitants du port et de ses environs à un individu qu'ils ont surnommé "le Renard" - qui se sont déroulés depuis une vingtaine d'années dans la commune de Kerlouan, en pays pagan, et dont le ou les auteurs n'ont jamais pu être identifiés. Cette dernière enquête de Mary Lester a fait largement parler d'elle depuis sa publication puisque Elisabeth Salou, une habitante de ce petit port de la côte nord-finistérienne, épouse d'un marin-pêcheur auquel la rumeur locale prête, sans du reste la moindre preuve, le rôle du "Renard", s'étant reconnue sous les traits de l'un des personnages du roman - Gabrielle Brendaoue -, a poursuivi Jean Failler en justice pour atteinte à la vie privée. Le tribunal de grande instance de Brest lui a donné raison et a condamné l'éditeur à supprimer les passages où figure la plaignante. Si cette décision était confirmée en appel, l'écrivain a annoncé qu'il arrêterait sa série policière.

MGRB


Le jardin des simples

Jean FAILLER

Palémon, 2003
Tomes 1 et 2 de l"aventure : "Les passagers du Sirocco"



Les héros de cette histoire, deux jeunes garçons de douze ans, Jean-Pierre Le Fur - Filosec - et Benoît Biscot - Biscoto - amis inséparables et turbulents, réputés spécialistes en coups tordus, habitent à Port-Manech', petit port finistérien. A l'approche de vacances de Pâques, leurs parents décident de les confier, le temps d'un stage dans son domaine agricole spécialisé dans la culture biologique, à un riche homme d'affaires, Monsieur de Saint-Omer, colosse tonitruant qui se déplace en 4X4, vêtu d'un long pardessus noir et coiffé d'un feutre orné d'une plume de faisan. Les voilà donc partis pour cette exploitation du Maine-et-Loire, le domaine de Bellefontaine doté d'un magnifique château, où, leur a-t-on assuré, viennent séjourner de nombreux jeunes gens originaires de tous les pays ! Ainsi, pendant leurs vacances, tous ont le loisir et la chance d'apprendre tout un tas de choses en donnant un petit coup de main aux travaux de la ferme. Joli programme ! Mais quelle n'est pas la surprise - et la déception ! - de nos deux amis lorsqu'ils découvrent que les jeunes Nord Coréens qu'ils rencontrent sur place ont été enlevés et qu'ils sont traités comme des esclaves. Filosec et Biscoto vont-ils devoir partager le triste sort des jeunes travailleurs clandestins ? Ou bien parviendront-ils à fausser compagnie à Monsieur de Saint-Omer et à ses sbires asiatiques, la sinistre Madame Zhou et le terrible Bao Zheng, qui ont pour mission de ne laisser échapper personne...

Après "Les Naufrages de l'Ile sans Nom" où ils étaient confrontés au trafic d'armes et "Le Manoir des Hommes Perdus" où il était question du trafic d'oeoeuvres d'art, "Les Passagers du Sirocco", troisième aventure de Filosec et Biscoto, amène les deux amis à vivre une nouvelle aventure, toujours pleine d'action et de suspense et toujours aussi riche en rebondissements - cette fois hors de la Bretagne ! -, et dans laquelle ils vont découvrir un nouveau scandale de notre monde moderne : le travail des enfants. Bien écrits, dans un style fluide et alerte et un vocabulaire très actuel, les chapitres courts se dévorent à toute allure. Pas de temps morts. Situations cocasses et dramatiques se succèdent si bien qu'on passe très facilement du rire au frisson. Les deux jeunes héros sont sympathiques, facétieux et attachants, certainement plus Filosec, le narrateur, auquel le jeune lecteur pourra s'identifier sans peine, que son faire-valoir Biscoto, qui bien que doué au jeu d'échecs n'en est pas moins gros et sujet au vertige. Peut-être pourrait-on reprocher l'image un peu balourde et caricaturale donnée aux représentants de l'ordre : ces "flics" à qui il suffit d'entendre la parole d'un adulte avant qu'on en termine avec les questions à se poser, qui n'accordent aucune valeur à la parole d'un enfant, font figure d'idiots patentés qu'il ne faut surtout pas aller trouver à moins de souhaiter se retrouver dans la mouise !

Une aventure sympathique et distrayante qui traite d'un sujet grave et actuel et qui pourra redonner le goût de lire aux moins bons lecteurs.

MGRB

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