Le Paradis de la Terreur

Olivier BERLION, Marc OMEYER, Eric STALNER

Glénat, 2016
L'Art du crime, T. 2



Devoir tuer un homme pour atteindre le génie, c'est le dilemme qu'affronte Hippolyte Beauchamp, jeune peintre venu conquérir la gloire à Paris. Un engrenage né lors d'une agression par des voyous au cours de laquelle il tue l'un des deux agresseurs. Le regard de la victime inspirera le jeune peintre, favorisant l'éclosion d'une superbe toile.

L'idée est originale : l'objectif de cette nouvelle collection est d'explorer la fièvre créatrice au cours de neuf albums. Un crime par art, un suspense engendré par la conspiration née entre Berlion, auteur de plusieurs albums de BD et Marc Omeyer, scénariste au cinéma (source).

L'album est agréable, sans que le lecteur ne soit étonné par une excessive originalité. Le dessin, notamment, me semble un peu plat et simple, doté de couleurs sans grand caractère. Nous avions préféré la prestation d'Eric Stalner dans La Zone.

Marc Suquet


  

Traversée

Eric STALNER

Glénat, 2012
La Zone, T. 4



La population du Royaume-Uni a presque entièrement disparu en 2067. Lawrence et ses potes, qui se sont battus contre les Winch, repartent chercher leur propre monde.

Ben, c'est pas palpitant du tout, ça!  Ils font rien qu'à fuir leurs ennemis, les Winch, qui n'existent plus tellement tant ils se sont tabassés avec leurs propres ennemis, les Kalinkas. Ils se posent des tas de questions : pourquoi il a fait ça ? J'y comprends rien. je ne sais pas... : des trucs qui font vraiment avancer l'histoire ! Pis c'est presque tout.

Du post-apo super light qui ne m'a pas fait mal à la tête ! Rien ou presque (c'est expédié dans cinq bulles rébarbatives à la page 30) sur la société concernée. C'était déjà la même remarque que je faisais sur le tome 2 de la série. Dommage !

Marc Suquet


  

Résistances (La Zone, tome 2)

Rémy LANGLOIS, Eric STALNER

Glénat, 2010



Le tsunami a donc supprimé 95 % de la population britannique. Lawrence part à la recherche de Keira, qui est partie visiter le monde. Celle-ci est capturée avec plusieurs femmes par un homme de la société Winch, à la recherche de femmes encore fertiles.

Voilà un album qui manque de fond : toutes les questions qui se posaient à la fin du tome 1, n'ont guère trouvé de réponse. Pas grand-chose sur la société Winch, qui a racheté la zone, ni sur la fameuse contamination ou la société post-apo vaguement évoquée dans le premier tome et encore moins sur la Grande bibliothèque d'Édimbourg, dont on devine qu'elle est la porte d'entrée dans le Grand Tout, bien loin de la sauvagerie régnante et imposée par la société Winch. Pour qu'on y croie, faudrait nous en montrer un peu plus !

Bien sûr, on ne s'embête pas, car il y a de l'action et du rythme. Un dessin également bien classique mais qui exprime sentiments et ressentis.

Le premier tome était une intro : normal. Mais quand le deuxième tome en est également une, on trouve ça déjà moins normal. Allez Éric, change de braquet et donne-nous du concret !

Marc Suquet


  

Sentinelles (La Zone, T. 1)

Rémy LANGLOIS, Bruno PRADELLE, Eric STALNER

Glénat, 2010



2067 : un tsunami a balayé la population il y a plus de quarante ans. Lawrence, un lettré, enseigne la lecture à la jeune Keira. Celle-ci lui vole une des dernières cartes du pays et s'enfuit avec deux complices. Lawrence se lance à leur poursuite à travers une région dévastée.

On est plongé dans une ambiance post-apocalyptique avec les ingrédients classiques du genre : un pays dévasté, une culture oubliée, des prises de pouvoir, un original mal vu des autres et qui n'a pas oublié la culture passée. On découvrira même l'arche de Noé, "la Bibliothèque", où 1 200 habitants vivent en autarcie, entourés de livres et pratiquant un strict contrôle des naissances. Bref, les incontournables du genre sont présents dans cet album.

Ce premier tome met en place l'histoire. Ca paraît évident, mais il faut toujours lire ces albums comme des introductions, l'essentiel étant à venir. Le bon signe, c'est qu'en refermant le livre, on a envie de connaître la suite. Il faudra bien sûr du consistant au scénario, la simple poursuite de la jeune Keira décrite dans ce premier tome, ne suffisant pas pour les albums suivants. On attend donc avec impatience ce consistant. Mais il y a des signes qui ne trompent pas : quelle est cette contamination qui transforme les habitants ? Qui sont les hommes en uniforme qui débarquent des hélicoptères et que veulent-ils ? Qui est la Winch Company qui a racheté le pays et que veut-elle exactement ?

Le dessin est agréable. Les deux coloristes Bruno Pradelle et Rémy Langlois participent bien à cette ambiance intéressante.  Quelques atmosphères de bibliothèques sont bien rendues, que ce soit au domicile de Lawrence (p. 5) ou dans la Bibliothèque (p. 51).

On trouvera ici la bande annonce de l'album. Et voici le blog d'Eric Stalner, un auteur prolifique avec une cinquantaine d'albums à son compte.

Vivement la suite !                                                                                                                                                     

Marc Suquet


Ange-Marie

Aude ETTORI, Eric STALNER

Dupuis, 2005



La campagne, printemps 1920, Luce une enfant et ses copains trouvent un soldat endormi, Ange Marie. Lui et son copain Louis trouvent du travail dans la ferme ou habite Luce. Ange Marie a une histoire venant de la guerre qui l'obsède : il y a tué une femme, une civile, par erreur. Ange Marie vient habiter dans un château que l'on dit hanté dans lequel il trouve un vieillard, Monsieur Grégoire, un peu fou et qui lui apprendra le dessin. Quelques années plus tard, Luce se laisse entraîner par un imbécile du village. Ange Marie la récupérera.

Voilà une histoire qui n'est guère originale. Le souvenir obsédant qui tiraille le pauvre être n'est pas d'une grande nouveauté. Mais malgré cette petite pauvreté, l'histoire se laisse lire. Les personnages eux non plus n'ont pas grande originalité. On y voit plusieurs situations très différentes : la guerre puis la vie tranquille d'un petit village de campagne. Le dessin lui est assez original. Bien coloré avec pas mal de détails. C'est sûrement un des points forts de l'album.

Annecat


La chanson de septembre

Laurent MOËNARD, Eric STALNER

Dargaud, 2004
coll. Long Courrier. 13 euros.
Blues 46 Tome 1



Sur les routes du sud-ouest de la France, Simon Guéric, la trentaine, bon chic bon genre, à bord de sa DS coupée rouge, transporte en écoutant du jazz, des livres anciens qu'il vend, ici ou là, à des collectionneurs spécialisés dans les éditions rares. Un jour, dans le Lot, quelque part non loin de Cahors, alors qu'il conduit perdu dans ses pensées, c'est d'extrême justesse qu'il évite, dans un virage, d'écraser un jeune auto-stoppeur avant d'aller achever son dérapage dans les taillis. C'est l'automne, il pleut. Guéric accepte d'embarquer le jeune inconscient - un gamin insolent, hardi pour ne pas dire effronté et peu scrupuleux, prénommé Alain, et qui, dans son sac à dos transporte en plus d'un revolver un furet pour le moins encombrant qui, à l'arrière du véhicule s'empresse de grignoter les reliures en cuir d'ouvrages du XIXe siècle - et de l'emmener à Douelle où réside sa tante. Arrivés sur place, Guéric qui compte bien se faire rembourser les dégâts occasionnés par l'animal de compagnie d'Alain, n'est pas au bout de ses surprises. Lui et Alain découvrent que la maison a été complètement vandalisée et, comme si cela ne suffisait pas, deux tueurs sortent de l'ombre qui s'en prennent directement au gamin, lequel sort son arme du sac à dos et oblige Guéric à prendre la fuite en sa compagnie. Contraint et forcé, ce dernier reprend le volant et roule jusque chez un de ses amis, Hippolyte, un vieux taxidermiste, où les deux fuyards trouve refuge. Retour au calme ? Oui, mais pas pour longtemps !...

Un road movie à la française à bord d'une mythique DS, et qui se laisse lire avec plaisir. L'intrigue policière contée par Laurent Moënard est prenante et divertissante, on ne peut plus classique et relativement simple certes, elle ménage toutefois d'agréables surprises et promet une suite haletante qu'on espère tout de même un peu plus originale que dans ce premier tome. Elle est bien construite, bien menée et s'appuie sur des dialogues gouailleurs et truculents, un peu à la manière de ceux de Michel Audiard. L'histoire dont la narration et le rythme sont bien maîtrisés se résume à un règlement de compte, assez banal somme toute, entre truands. Son intérêt primordial est de mettre en scène une galerie de personnages - principaux et secondaires - typés voire presque caricaturaux, intéressants, intrigants, forts en gueule, froids et durs ou bien franchement attachants, et de faire cohabiter tous ces gens aux personnalités souvent antagonistes et dont les intérêts sont diamétralement opposés. Guéric, paisible vendeur de livres anciens, un type propre sur lui, qui ne comprend rien à la galère dans laquelle il se trouve embringué bien malgré lui ; Alain, le gamin rebelle en jeans et baskets, plein de ressources et qui dissimule du mieux qu'il peut son secret ; Le Piqueux et la Tendresse, les deux tueurs sans scrupules, truands bas du plafond, obnubilés par le fric et tout dévoués à leur chef ; Hippolyte, extraordinaire taxidermiste ayant par le passé exercé l'art vétérinaire en Afrique, un vieil homme cultivé et extrêmement raffiné ; Lord Forsyte, l'ambassadeur anglais, amateur de whisky et de cognac, sans oublier sa fille Elizabeth dite Bethy, à la plastique affriolante ; tous sont bien campés dotés d'une épaisseur psychologique et d'une vie qui leur est propre. D'un point de vue graphique, l'album est une belle réussite. Rien à redire, bien au contraire ! On retrouve avec plaisir le trait réaliste et sûr d'Eric Stalner. C'est propre et net, esthétique, précis, un peu figé comme à l'accoutumée. Avec un plus puisque, dans "La chanson de septembre", le dessinateur travaille pour la première fois en couleurs directes dans des teintes judicieusement choisies qui rehaussent à merveille son dessin élégant et restituent pleinement et avec force lumière, atmosphère automnale, décors, paysages et ambiances propres aux années soixante. C'est tout simplement superbe.

Prévue en deux volumes, cette BD est agrémentée d'un cahier de croquis commenté de douze pages qui permet d'en savoir un peu plus sur le travail du dessinateur. En conclusion, une BD prenante, drôle parfois qui, sans être la révélation de l'année, permet de passer un agréable moment.

MGRB

partager sur facebook :