Gengis Khan

Marie FAVEREAU, Denis-Pierre FILIPPI, Manuel GARCIA

Glénat, 2014



Gengis Khan, franchement j'y connaissais que couic. A part son côté envahisseur, sa renommée impitoyable et le fait qu'il s'est beaucoup baladé en Asie, le reste, que dalle ! Je sors donc assez content de cet album, en ayant appris bien plus que les rudimentaires notions que j'ai pu énumérer. Et la présence parmi les auteurs de Marie Favereau, historienne, atteste du sérieux de l'album. J'ai d'ailleurs apprécié que les auteurs expliquent leurs choix dans la présentation du Khan, soulignant le manque de sources qui sont parfois contradictoires (on ne connaît pas exactement la date de naissance de Gengis Khan), mais aussi leur souhait de placer le lecteur dans le décor natal du Khan, les paysages de Mongolie.

L'album présente donc la vie de Gengis Khan, détaillant volontiers sa jeunesse. Le travail montre également l'aspect parfois (pas toujours, bien sûr !) humain du Khan qui enrôle ses prisonniers dans ses propres armées, tandis que d'autres chefs les passent par le fil de l'épée. Mais l'humanité de Gengis Khan n'est tout de même pas débordante : il a en effet tué son demi-frère alors qu'il était lui même adolescent et les têtes de certains de ses adversaires ont tendance à valser ! Et puis les historiens admettent que ses conquêtes ont été menées avec férocité.

Le lecteur ne trouvera pas de superbes dessins soutenus par un graphisme original. Mais, dès que l'on a compris que l'on est là dans une BD dont le but est d'instruire, alors Gengis Khan remplit parfaitement son rôle pédagogique.

Marc Suquet


  

Emie (Nouveau Monde, tome 1)

Denis-Pierre FILIPPI, Gilles MEZZOMO

Glénat, 2010
coll. Grafica



Mai 1755, un navire s'échoue sur la côte d'Acadie. Les naufragés massacrent les autochtones qui, pourtant, les attendaient. Dès le lendemain, la bande s'enfuit devant les Anglais qui les pourchassent.

L'album est construit en deux temps : l'histoire présente et le retour dans le passé décrivant le voyage sur le bateau.

Ben, j'ai pas trop kiffé. Le thème n'a pas grand-chose d'orignal. Canoë Bay, sur la même époque, est d'une tout autre teneur. Le dessin de Nouveau Monde est fort peu détaillé et un poil mécanique. Les expressions et les visages manquent profondément de caractère et de détails. La colorisation, elle, est très froide. Si bien qu'on ne peut pas faire sienne cette histoire. Peut-être, cet album est-il destiné à un public plus ado ?

Marc Suquet


Les corsaires d'Alcibiade, Tome 1 : Elites secrètes

Denis-Pierre FILIPPI, Eric LIBERGE

Dupuis, 2004



Angleterre, 19e siècle. Cinq jeunes hommes et femmes, Lydia, Maryline, Curtis, Peter et Mike, sont amenés — parfois sans leur consentement — dans une université secrète. Un stage y est prévu, destiné à sélectionner l'élite de la société anglaise. Les cinq cherchent à s'échapper de cette curieuse université. Ce que ne souhaitent pas d'étranges appariteurs au look de momies. Au détour de leur fuite, les cinq prennent pied sur un étrange vaisseau, L'Alcibiade, qui sert de moyen de transport pour la découverte de trésors.

Il y a beaucoup de mystères dans cet album. Qui est cette organisation et quel est son but ? Nul ne le sait, les stagiaires étant sélectionnés pour ramener des trésors permettant à l'organisation de financer ses actions mais le lecteur ne sait rien de ladite organisation. Des personnages mystérieux apparaissent chacun leur tour : Helena Willer qui coordonne les activités de recherche des trésors dans Londres, le capitaine de l'Alcibiade... Le mystère est donc parfaitement entretenu et on a envie d'en connaître la suite.

Côté dessin, c'est assez bon, avec des décors de l'Angleterre fin 19e bien recréés, de même qu'une ambiance. Les héros ont de la personnalité, comme Lydia et son caractère plutôt directif.

Un assez bon album.

Marc Suquet


Tecumska

Denis-Pierre FILIPPI, Gilles MEZZOMO

Dupuis, 2004
Ethan Ringler agent fédéral : 1



"Mon nom est Tecumska. Je suis le dernier représentant de ma tribu et l'appel du monde des esprits se fait de plus en plus pressant à mon âme et à mon coeoeur. Avant de partir pour ce dernier voyage, je voudrais pouvoir parler un peu des miens. Raconter mon histoire à qui voudra bien l'écouter et surtout l'entendre... Car je n'ai pas toujours été Tecumska et long fut le chemin pour moi avant de mériter ce nom..."
... A la fin XIXe siècle, Ethan Ringler, dix-sept ans, fier et intelligent, héritier d'une famille aisée d'industriels anglais, dont le père récemment décédé et le grand-père sont armuriers, mais dont la mère était une Indienne, quitte Londres pour l'Amérique et débarque à New York, bien décidé à retrouver la tribu dont sa mère était issue. Il refuse la vie facile que lui a préparé son aïeul dans les beaux quartiers pour aller s'installer dans un quartier plus mal famé mais à la portée de sa bourse. Toutes ses tentatives pour trouver du travail se sont soldées par des échecs. A cours d'argent, il se résout à vendre un des deux prototypes de revolver qu'il a amenés d'Angleterre. Des drôles d'engins : des calibres 44, entièrement automatiques et à chargement par la crosse, d'une capacité de tir de douze coups en huit secondes. Des armes terriblement redoutables. C'est dans un dancing où la nouvelle chanteuse émoustille bien des hommes qui, perdant le sens commun, défouraillent pour un rien, qu'Ethan est finalement embauché comme barman : grâce à son arme peu ordinaire, il a en effet tiré le patron de l'établissement d'un bien mauvais pas. Courageux, plein de ressources, mais terriblement inconscient, le jeune homme s'attache Van Rhinelander, un homme d'affaires dangereux, affilié à la pègre, tout d'abord intéressé par les armes d'Ethan et qui lui propose d'entrer à son service en qualité de garde du corps. La police fédérale qui soupçonne Van Rhinelander d'être le responsable d'un réseau de trafiquants spécialisés dans l'enlèvement d'Indiens, l'invite à accepter sa proposition...

Le scénario imaginé par Denis-Pierre Filippi dans ce western moderne qui mélange savamment quête identitaire et intrigue policière est de facture classique. Il nous fait plonger dans l'ambiance de la New York grouillante de vie où, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, le luxe côtoie la misère, les beaux quartiers les bouges, où la violence et l'argent règnent en maîtres, où nombre d'immigrants venus d'Europe débarquent, l'esprit conquérant ou plus simplement pleins d'espoir en un avenir meilleur, où les vapeurs et les grands voiliers assurent la liaison entre le vieux continent et l'Amérique en pleine mutation et où enfin, dans l'indifférence générale, les derniers Indiens survivent et meurent, pouilleux et misérables, relégués purement et simplement au rang d'animaux sans importance. Le décor est solidement planté. Et puis est mise en scène une intrigue à la fois palpitante et rythmée, intéressante, mais sur laquelle planent encore de larges plages de mystère, animée par des personnages typés, hauts en couleurs, vivants, attachants, à la personnalité bien trempée, parfois trouble et souvent complexe. Bref, hommes et femmes sont parfaitement crédibles et l'on sent que le destin d'Ethan Ringler, agent de la police fédérale, se trouvera étroitement lié à l'évolution inexorable du continent nord-américain et s'inscrira dans l'histoire de ce qui deviendra les Etats-Unis. Le graphisme de Gilles Mezzomo - un dessin réaliste, efficace et beau, un trait à la fois souple, nerveux et vigoureux, on sent l'influence ou l'hommage à Jean Giraud, créateur de Blueberry - colle à merveille au scénario, tant dans le traitement des décors, des ambiances que dans celui des personnages. L'ensemble est bien charpenté, ficelé avec art, souvent cadré serré, bénéficie d'un découpage efficace, ainsi que d'une mise en page et en couleur des plus soignées.

Le premier tome d'un western dans l'esprit de la série culte "Les mystères de l'ouest", qui mérite bien qu'on prenne le temps de le découvrir avant de s'y plonger sans retenue aucune.

MGRB


Le Croquemitaine : 1

Denis-Pierre FILIPPI, Fabrice LEBEAULT

Dupuis, 2004
Premier volet d'un conte fantastique prévu en deux volumes



Deux jeunes garçons, William et Benjamin, et la petite soeoeur de ce dernier, Clotilde, se sont enfuis de leur orphelinat et errent sur les routes à la recherche de la religieuse qui s'était si bien occupée d'eux, les avaient élevés et entourés de sa tendresse avant d'être renvoyée par leur faute. La faim au ventre, ils s'arrêtent à Mensfield pour mendier sur la place du marché de quoi manger et soigner Clotilde, malade et épuisée par leur long voyage. Rejetés par la population, ils sont réduits à voler de quoi nourrir Clotilde, vraiment bien mal en point. Lorsqu'ils découvrent le larcin, les habitants particulièrement agressifs de Mensfield se lancent à leur poursuite et lâchent sur eux leurs chiens. S'en est trop pour la petite fille qui meurt d'épuisement. Son frère Benjamin décide alors de se venger. C'est ainsi qu'ils découvrent que la ville vit dans la peur, que les habitants sont terrorisés par les exactions nocturnes perpétrés par un mystérieux Croquemitaine...

Denis-Pierre Filippi et Fabrice Lebealt revisitent à leur manière le mythe du Croquemitaine, personnage imaginaire issu des contes populaires que les parents invoquent pour faire peur à leurs enfants par trop turbulents. L'intrigue n'est située ni géographiquement ni dans le temps. On pense néanmoins à un pays d'Europe du Nord - la France ou peut-être l'Angleterre - à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un drame planté au coeoeur d'un monde à la fois cruel et tourmenté. Bien ficelé, bien construit et bien mené, le scénario imaginé par Denis-Pierre Filippi est maîtrisé de bout en bout, profond, pétri d'humanité ; il s'appuie sur des flash-back - des doubles planches sans textes ni cases à proprement parler, avec du sépia pour couleur dominante - émouvants voire poignants, subtilement amenés et qui permettent au lecteur de mieux saisir la suite du développement. Il est donc on ne peut plus agréable à lire. Suspense, tension et mystère se taillent la part du lion ; ils émoustillent l'attention, titillent la curiosité et amènent tout un chacun à se poser quelques questions bien légitimes. Pourquoi Mensfield est-elle si bien gardée ? Qui donc est ce Croquemitaine qui impose sa loi par la terreur ? Pour quelle raison Benjamin et William trouvent-ils un soutien dans leur fuite en la personne de Flore, la fille du maire de la ville ?... Des questions qui devraient trouver réponse dans le deuxième tome... Les personnages centraux sont des adolescents sympathiques et attachants dont on suit avec intérêt la cavale et les mésaventures. Mensfield, petite ville apparemment sans histoire, repliée sur elle-même dans un isolement volontairement choisi par des habitants terrifiés par les exactions perpétrées par un monstre que personne n'a encore jamais vu, des habitants qui rejettent violemment tous les étrangers, est fort bien décrite. Côté graphisme, rien à redire non plus : un dessin réaliste, sobre, frisant parfois l'épure, expressif, efficace et très beau ; un trait fin, assuré, sensible ; une mise en page élégante et des couleurs harmonieuses. Pas de doute, Fabrice Lebeault est un dessinateur et un coloriste talentueux qui, pour l'occasion, a fourni un travail de grande qualité - il a aussi opté pour un style graphique différent de celui d'"Horologiom" [5 tomes, ed. Delcourt, coll. Terres de Légendes] mais bien adapté au récit - pour retranscrire en images l'histoire imaginée par son complice. Il excelle notamment dans le traitement des décors, dans le jeu subtil des ombres et des lumières et dans la manière de rendre palpable l'atmosphère fantastique, lourde et angoissante, dans laquelle baigne le drame. Résultat : on en prend plein les mirettes !

C'est très réussi ! Un conte sombre, sensible et émouvant dont on attend la conclusion avec impatience.

MGRB


Gargouilles, tome 1

J. ETIENNE, Denis-Pierre FILIPPI

Humanoïdes Associés, 2003



Grégoire, un petit garçon de 12 ans, vient habiter avec ses parents en face d'une église. Un voisinage qui ne l'emballe pas de prime abord mais qui va rapidement l'entraîner dans le fantastique. Trouvé sous le plancher de la nouvelle maison, un médaillon l'entraîne dans le 17e siècle. Grégoire parle le grec et vit au milieu d'êtres fantastiques : gargouilles, monstres... Tante Aglaé (ou plutôt son aïeule) y mène les Zix, qui ont envahi la ville pour éliminer les gentils dragons.

Voilà un très bon album. L'histoire est pleine de suspense. Il y a une bonne dose de fantastique avec les gargouilles et les dragons, de même qu'avec les sauts dans le temps. Des sauts vers le passé, mais peut-être aussi dans l'autre sens, puisque le surveillant du collège de Grégoire a bien une tête à se promener aussi dans le passé ! Le personnage de Grégoire est sympa, admiratif devant ce qu'il vit et avec des réactions d'enfant bien observées comme le peu d'emballement qu'il manifeste pour aller à l'école. Les dessins sont très agréables, les personnages un peu caricaturés et les couleurs assez chaudes. A garder en mémoire en attendant le tome 2.

Annecat

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