Le Réseau Aquila

Pierre ALARY, Fabien NURY

Glénat, 2013
Silas Corey, T. 1



1917, Sylas Corey, ancien reporter à l'Humanité, est embauché par Clemenceau afin de retrouver un reporter disparu, Casela. Dans cette histoire, la lutte entre Joseph Caillaux, à la tête du gouvernement et Clemenceau, le Tigre. Caillaux aurait-il des contacts secrets avec l'ennemi ?

Sylas Corey, c'est le gentleman roublard. Du genre à cumuler trois salaires sur une même affaire, quitte à se faire embaucher par des bords qui n'ont pas tout à fait le même objectif : Célestine Zarkoff, qui vend des armes et des secrets d'Etat mais aussi le Deuxième Bureau. Qu'importe, puisque son dandysme le requiert. Et puis il a le sens de l'humour, Sylas : son agence a été fermée après qu'on l'a retrouvé au lit avec la femme de son client mais, comme le souhaitait ce client, Sylas a prouvé l'adultère ! Accompagné de son majordome asiatique, Sylas a tout de Sherlock Holmes, le côté magouilleur en plus.

Un dessin plutôt bon et des couleurs chaudes. Parfois, de vraies ambiances de mystère dont se détachent des visages inquiétants. L'album a du punch, multipliant les scènes d'action. Plutôt pas mal !

Marc Suquet


  

Seth

Xavier DORISON, Fabien NURY, Christian ROSSI

Dargaud, 2011
W.E.S.T., T. 6



Pendant que Morton Chapel est entre la vie et la mort, l'équipe de W.E.S.T au complet le recherche. De l'autre côté, Seth et Megan Chapel traversent le pays en direction de Valeria City. Johan Verhagen, le grand-père de Megan les y attend, là où tout a commencé. Une course poursuite infernale dont l'enjeu est la vie de Megan et la mort de Morton.

W.E.S.T ou Weird Enforcement Special Team. Si les apparences font penser à la série télé Les Mystères de l'Ouest, c'est s'arrêter à la surface d'une histoire. Xavier Dorison et Fabien Nury ont inventé un scénario complexe et logique. C'est le dénouement des cinq livres précédents que nous retrouvons ici. Chaque protagoniste est détaillé dans sa psyché. Si nous avions un bref aperçu de la folie des membres de W.E.S.T, ou si nous voulions nous la cacher, elle apparaît évidente. Morton Chapel qui veut tuer sa fille, Kathryn Lennox qui pense que Megan est "simplement" folle, Angel Salvaje qui doit finir l'exorcisme qu'il a commencé, et enfin les deux hommes armés : Bart Rumble, peut-être le plus raisonnable et Joey Bishop, la machine à tuer. Et Seth ? Double personnalité de Megan Chapel pour les uns, démon voulant s'incarner en humain selon les autres. Les auteurs vont jouer avec les nerfs des lecteurs jusqu'à la dernière planche, pour donner une solution. Quant aux personnages secondaires, ne les croyez pas angéliques. Tous les protagonistes ont une face cachée.

Si le duo Dorison-Nury écrit une histoire efficace et complexe, n'oublions pas Christian Rossi qui a travaillé le dessin et la couleur. Les cinq premiers tomes prouvaient que le dessinateur avait de la ressource, qu'il savait prendre des risques aussi bien dans les ambiances à rendre que dans les cadrages des dessins. Ce dernier tome est magnifique. Il suffit de regarder la couverture et le dos de celle-ci : simple, élégant, sans artifice. Le dessin est efficace, il n'est pas surchargé de détails, mais il reste beau grâce à une maîtrise de la mise en couleur. Dans cet album, il y a des planches sans bulle. Christian Rossi a su les mettre en valeur, dès la première page. Nous sommes prévenus si nous ouvrons ce livre : chaque planche est une histoire à elle seule.

Un sixième tome époustouflant au niveau de l'intrigue et des moyens scénaristiques mis en oeuvre : planches sans bulle, flash-back, scène onirique... Le dessin accompagne le scénario en donnant corps et âme aux protagonistes. Rien n'est épargné au lecteur. Chanceux lecteurs que nous sommes de pouvoir lire cette fin de cycle. La série W.E.S.T fait partie de ces livres qu'on se doit de posséder dans sa bibliothèque.

Temps de livres


  

Honneur et police

Fabien NURY, Sylvain VALLEE

Glénat, 2009
55 pages. 13 euros
Il était une fois en France, Tome 3



Joseph Joanovici d'origine roumaine, est un homme sans scrupules. En 1947 à Paris, il n'hésite pas à faire de juteuses affaires avec les nazis. Des affaires qui le transforment rapidement en milliardaire. Dans ce 3ème tome, sentant la guerre tourner au désavantage des nazis, Joseph Joanovici va mettre tout son talent et ses moyens au service de la Résistance

L'histoire de ce personnage est réelle. Son ambivalence également : tantôt proche des nazis, tantôt aux côtés de la résistance. Juif d'origine, Joseph Joanovici comprend rapidement qu'il va avoir besoin de la protection des allemands, mais aussi que leurs besoins en métaux sont énormes. Une occasion qui va lui permettre d'accumuler une immense fortune.

Le personnage a la réplique facile : lors de son arrestation en 1949, il déclara : "Je n'étais pas vendu aux Allemands puisque c'était moi qui les payais". Le film L'étrange Monsieur Joseph, réalisé par Josée Dayan, retrace le parcours de cet homme.

Joseph Joanovici est de ces hommes qui louvoient au cours du conflit, prenant la deuxième guerre mondiale comme théâtre de leurs propres affaires. Mais il n'est pas le seul, puisqu'un nazi au train de vie trop optimiste, accepte de faire libérer des résistants contre la santé retrouvée de son propre portefeuille. La guerre profite à qui sait s'y prendre et Joseph Joanovici montre une réelle habileté à ce petit jeu. Il est ici représenté comme un opportuniste, qui retourne facilement sa chemise lorsqu'il sent le vent tourner et le danger planer autour de ses anciens amis nazis. Un de ces opportunistes que chante Dutronc, version grave. Mais un opportuniste qui sauvera finalement des juifs. On aurait aimé un peu plus d'explications sur le rapide changement de camp du milliardaire. Il est simplement annoncé dès la page 5 et sans aucune justification. Sent-il l'issue du conflit changer de camp ? Le lecteur le suppose.

J'ai aimé la présentation en parallèle de la vie affairiste de Joseph Joanovici mais aussi de sa vie familiale avec son épouse qu'il délaisse et ses enfants qui ne le reconnaissent guère. Deux mondes qui s'entrecroisent dans un même album. Le dessin est agréable. Sylvain Vallée présente bien les sentiments par des gros plans sur les faces des personnages comme l'angoisse montrée par Fournet (page 7 ou 10). Joseph Joanovici arbore un coté poupin, personnage que l'histoire ne semble pas égratigner et seulement ému par sa femme qui lui reproche son absence.

Ce troisième tome est plutôt bon, montrant un travail de documentation important. Ainsi, la présentation du réseau de résistance "Honneur et police". Pourtant le scénariste, Fabien Nury, souligne que les témoignages sont souvent contradictoires et qu'il s'en est donc inspiré pour créer un scénario qui ne suit pas la vérité historique.

Sur le blog de Sylvain Vallée, on apprendra que l'album est dans la sélection officielle d'Angoulême 2010. On y verra également quelques planches mises à disposition des internautes. La saga de Joseph Joanovici comptera au total 6 épisodes.

Marc Suquet


  

Megan

Xavier DORISON, Fabien NURY, Christian ROSSI

Dargaud, 2009
W.E.S.T tome 5
13 euros



Morton Chapel et son équipe sont de retour sur le sol Américain, après leur échappée à Cuba. Morton retrouve sa fille Megan, toujours hospitalisée à Saint Thomas à New York. Il a commencé avec le Dr Katryn Lennox un travail sur lui même, s'autorisant enfin à révéler ce qui l'a poussé il y a plusieurs années de cela à abattre sa femme, Madeleine Verhagen, fille du puissant industriel Johan Verhagen. Morton parle alors de Seth, démon ambitieux qui habite sa femme et lui permet d'exercer ce "talent ancien hérité de la longue lignée de ses ancêtres venus d'Europe de l'est".
Hélas, par ce meurtre, Morton n'a rien pu empêcher, pire même il a permis à Seth de s'emparer de sa fille Megan. Mais le Dr Lennox, forte de sa "rationalité" de chercheur, va réveiller Seth et transformer Megan en apocalypse.
Pour l'arrêter, Morton devra t-il se résoudre à tuer la chair de sa chair ou le grand-père de Megan, l'ignoble Johan Verhagen, réussira t-il à sauver Megan et par là même à déchainer l'incommensurable pouvoir de Seth ?

Encore une fois l'équipe de Morton Chapel nous conduit dans les arcanes du paranormal sur fond de thriller, et encore une fois on se laisse prendre par la noirceur de l'ambiance. Sauf que là en plus, nous sont révélés le "côté obscur" des personnages. Morton assassin, Joey traitre à l'équipe mais aussi à lui même et Katryn sceptique et pleine de la morgue de ces scientifiques sûres d'avoir raison. Tous nourrissent sans le savoir la "bête" et tous ne s'apprêtent-ils pas à perdre pour gagner ?

L'histoire est très bien menée et l'on est rempli de compassion pour ce père déchiré tandis que l'on frémit de dégout pour Seth et ses marionnettes, Megan et Johan, qui tapie dans l'ombre tisse sa toile dans laquelle tout le monde risque de s'engluer.

Pas trop longtemps Messieurs avant le tome 6 que l'on reste dans l'ambiance !

Annecat


Je ne reviendrai pas sur le scénario, résumé de façon magistrale par dame Annkat dans la chronique précédente. Ce cinquième tome est à l'instar du reste de la série le premier d'un diptyque qui renoue pour cette fois avec le premier  "jus" des auteurs. Les aventures du Weird Enforcement Special Team à Cuba étaient plus ancrées dans le contexte historico-politique que le fantastique. Là on revient sur le territoire états-unien et par là-même on rentre dans cette réalité étrange que les trois compères avaient si bien réussie lors de leur premier double album.
Les dessins sont encore un régal, les couleurs itou. Les péripéties sont menées avec un beau sens du rythme et on est captivé par ce vieux mais efficace dilemne cornélien qui tourmente Morton Chapel à propos de sa fille. On frémit de dégoût et d'angoisse à propos de l'affreux grand-père chez lequel on pressent une responsabilité et de sombres desseins envers la pauvre Megan et le redoutable Seth. En bref un très bon album.
On y voit aussi un moteur un peu subtil de la possession que les femmes de la famille Verhagen subissent de la part du démon; chez Madeleine, la mère de Megan, Seth génère un don de guérison surnaturel qui permet à la jeune femme d'aider amis, esclaves et nécessiteux en tous genres.Au prix de sa santé mentale et certainement du salut de son âme.Ce qui n'est pas sans rappeler les écrits de la romancière Anne Rice sur les sorcières de la famille Mayfair et de leurs pouvoirs qui résultent de la cohabitation pendant plusieurs siècles avec un démon (Lasher) qui s'incarne successivement dans chaque nouvelle génération de fille qui vient au monde. C'est une excellente référence qui ne nuit pas et on est impatient de savoir si les partenaires de Morton vont accomplir leur mission ou bien retourner leur veste pour venir en aide à leur ancien chef de meute. On ne peut que se réjouir d'ailleurs du retour sur les rangs de l'énigmatique Angel, le chaman catholique exorciste, tant il apporte un souffle mystique par sa seule présence dans les pages de l'histoire. La suite, vite!

Marion Godefroid-Richert


La chute de Babylone

Xavier DORISON, Fabien NURY, Christian ROSSI

Dargaud, 2003
Premier tome de la série "W.E.S.T" à paraître



Au début du XXe siècle, la quiétude de Paris et New York est troublée par une série de faits divers aussi étranges que spectaculaires dont les acteurs, assassins et victimes sont tous de respectables notables, des capitaines d'industrie ou des personnages politiques influents qui, sans raisons apparentes, sont tués, se suicident ou sombrent violemment dans une folie meurtrière. En tant que responsable de la sécurité à la Maison Blanche, Adam Clayton ne peut que s'inquiéter de ces événements pour le moins troublants. Il est d'ailleurs le seul à comprendre que le chaos menace la société américaine. C'est la raison pour laquelle il décide de faire appel à un vieil ami, un baroudeur au passé mystérieux, Morton Chapel qui, résolu à mettre toutes les chances de son côté, reforme alors une équipe de spécialistes prêts à affronter tous les dangers : le Weird Enforcement Special Team ! ! !

Le scénario de Xavier Dorison et Fabien Nury est bien construit, cohérent et remarquablement rythmé. Dès le début, le lecteur est happé par une intrigue solide, complexe, haletante et spectaculaire qui commence comme une banale enquête policière sur laquelle viennent allègrement se greffer les ingrédients d'un western du début du XXe siècle et ceux d'un récit fantastique, une histoire qui brasse habilement la politique, la religion et la magie noire tout en demeurant toujours parfaitement crédible. Le Weird Enforcement Special Team qui a déjà eu l'occasion de faire ses preuves lors des guerres indiennes est constitué de quatre hommes bien différents les uns des autres. Séparément, ce sont des êtres fort dangereux. Ensemble, ils forment une nouvelle équipe de mercenaires quasi incontrôlables qui se battent pour déjouer les fils d'une conspiration menaçant New York, voire l'équilibre de l'Occident. Chacune de leurs aventures se déroulera en deux tomes. Pas le moindre temps mort, un dialogue ciselé et des personnages tout de suite bien définis font de cet album introductif un chef d'oe'oeuvre d'efficacité parfaitement servi par le superbe graphisme d'un Christian Rossi au sommet de son art : il synthétise son dessin, ne cerne pas tous les contours, mais les complète par une mise en couleurs directe particulièrement judicieuse, notamment dans le rendu des ombres et des lumières et le traitement des ambiances. Décors et personnages sont parfaitement réussis et l'ensemble est élégant, on ne peut plus agréable à l'oe'oeil.

De l'action, un complot à déjouer, une mise en images magnifique. Le tout est très juste, offert avec une économie de moyens remarquable : du grand art ! Bravo... et vivement la suite !

MGRB

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