Reloading Six

ANGE, Alain JANOLLE

Soleil, 2014
Nemesis, T. 6



Euh, "Reloading", ça serait-y pas déjà utilisé ? Bon, ça manque d'originalité mais passons. Tout comme le dessin, qui confère aux personnages des expressions parfois un peu grossières.

Le scénario d'Ange, par contre, tient ses promesses. Une Entité, Fischer, habitée par Clock depuis la mort de sa compagne Roxanne, cherche à dominer le monde en créant une race d'hybrides avec les humains en utilisant des enfants. Des enfants que l'on envisage froidement d'éliminer lorsque leur utilité n'est plus évidente. Mais aussi une société devenue inutile puisque les hybrides sont un succès....

L'album est écrit sous forme d'alternance entre 2033 et des scènes du passé, quand les héros n'étaient encore qu'agents du FBI, dirigés par leur boss, la Grande Prêtresse.

Plutôt pas mal pour le scénario d'Ange dont on n'oubliera pas que sous le pseudo se cachent Anne et Gérard.

Marc Suquet


  

Le grand pays

ANGE

Bragelonne, 2008
La légende des tueuses-démon (tome 1)
331 pages. 19 euros



Malin est jeune, Malin a 14 ans et ce matin Malin doit mourir ! Quand on fait partie de la famille royale comme lui on se doit d'être parfait physiquement sans le moindre défaut, la moindre cicatrice. Hélas ce matin Malin s'est réveillé avec une tâche violette sur l'épaule. Malin le sait, il doit mourir.
Alors que seul il essaye de rassembler son courage et de se déterminer sur le poison ou le poignard, les évènements se précipitent. Le château rentre en ébullition et Malin en profite pour s'échapper. Ce qu'il ne sait pas c'est que ce qu'il va devoir affronter dehors lui demandera mille fois plus de courage que son suicide. Son monde est la proie d'un démon et son aura, le Voile, touche petit à petit tous les habitants, les transformants en monstres sanguinaires.
Malin connait ce mal, il a lu quelque chose là dessus dans un livre de la grande bibliothèque, il y a quelque temps. Il y est écrit que seule une Tueuse-Démon du Grand Pays pourra venir à bout de ce fléau.
C'est en compagnie d'Alia future première concubine du prochain "Immuable" que Malin s'engage dans cette voie pour lui, pour son peuple et pour la belle Alia. Mais la récompense sera-t-elle vraiment au bout de la route?

Si vous avez aimé La geste des chevaliers-dragons, alors vous aimerez cette nouvelle trilogie d'Ange.
En effet les ingrédients sont assez identiques : un démon "démoniaque" et son aura maléfique "le Voile", des gens ordinaires se révélant extraordinaires au fils des événements, des Chevaliers-Dragon, pardon des Tueuses-Démon prêtresses vierges, magiciennes et guerrières.
Les personnages là aussi sont attachants et en particuliers ces deux adolescents poussés malgré eux dans un rôle qu'ils n'étaient pas prêts à assumer et dont ils se sortent plutôt bien chacun dans leur style.
Et puis chez Ange ce que j'aime ce sont les retournements de situation aussi violents qu'imprévus qui font que l'on ne sait pas trop où l'on va.
Quand sort le tome 2 ?

Annecat


  

Ayesha — La légende du peuple turquoise

ANGE

Bragelonne, 2005



Voici donc le roman-fleuve écrit à quatre mains par le couple qui forme Ange. Le troisième volet de la série a été compilé avec les deux premiers en un seul volume grand format édité chez Bragelonne. Disons-le tout de suite : bien que la spécialité de cet éditeur soit en quelque sorte la fantasy il serait réducteur de classifier l'ouvrage en tant que tel. Et ceci est d'autant plus vrai que l'éditeur en question et madame Ange s'étant retrouvés pas plus tard que la semaine dernière en la bonne ville de Plougastel-Daoulas pour parler fantasy en public, ils se sont tous les deux accordés à convenir qu'en fait la fantasy n'existe pas. Ce serait une invention des libraires et/ou des bibliothécaires pour ranger à part les livres " pas sérieux "(sic).

Bon. Ceci étant posé, de quoi parle l'ouvrage ? Nous sommes dans un lieu imaginaire (donc c'est un peu de la fantasy quand même), le Tanjor, organisé en différents territoires qui ne sont pas des pays, mais soit des monarchies, des aristocraties (au sens étymologique du terme, où le pouvoir est détenu par un petit nombre de personnes constituant une élite au sein de la population), des théocraties, etc. Les êtres qui peuplent ces territoires sont des humains, à un stade de développement technologique qu'on dira moyen-âgeux. Parmi les hommes libres vivent les esclaves (le peuple turquoise du titre) identifiables à leur peau claire, leurs yeux bleus, leurs cheveux blonds et une tache bleutée entre les omoplates. Une ancienne prophétie les a réduits en esclavage, une autre les guide qui annonce la venue d'une déesse qui viendra les délivrer et les conduire vers la liberté, la sus-nommée Ayesha. Voilà pour le décor. Les protagonistes de l'histoire sont nombreux mais bien sûr il y en a deux principaux, Marikani, reine d'un petit pays oriental du Tanjor et Arekh es Morales le mercenaire parricide. Marikani et Arekh se rencontrent au tout début de l'histoire, la première sauvant le deuxième de la noyade. Ce sauvetage va souder entre eux un lien très particulier d'amour-haine et à travers les maintes péripéties de l'histoire ils vont tous les deux passer leur temps à se tourner autour sans jamais vraiment être sur la même longueur d'onde. Dans la première partie Arekh aide Marikani à rentrer chez elle. Il se séparera d'elle après un coup de théâtre qu'on ne révèlera pas ici. Dans la deuxième partie Arekh fera la connaissance d'une petite esclave qui va changer sa vie et bouleverser sa vision des choses, Non'iama, tandis que Marikani va perdre son trône. Et dans la troisième partie tout le Tanjor va basculer dans le chaos entre la guerre contre les créatures des abysses et la rebellion des esclaves... De l'aventure et du suspense à toutes les pages ou presque !


Le livre complet a été écrit sur plusieurs années et c'est tant mieux, tant il est vrai que les personnages sont incroyablement évolutifs. Personne ne représente le bien ou le mal absolu, on est très loin des archétypes de mise dans ce genre littéraire. Même Laosimba, le liseur d'âmes, chef spirituel des religieux du Tanjor est représenté de telle manière que la soif de pouvoir est très nettement perceptible sous le fanatisme religieux. Marikani et Arekh vont chacun découvrir par la force des circonstances ce que l'autre prône : la jeune femme sera forcée de faire passer son destin et ses responsabilités devant ses convictions intimes au prix d'innombrables vies humaines, l'homme fier et amoral devra faire plier sa volonté devant une droiture qu'il ne se connaissait pas pour sauver une enfant qu'il hait et qu'il craint de façon viscérale. Tout cela alors qu'ils s'affrontent tous les deux sur la question de la religion. Ce récit est d'ailleurs et avant tout une quête initiatique sur le pouvoir du fanatisme religieux et un virulent pamphlet contre celui-ci. En fait ce n'est pas de la fantasy, c'est un essai politique !


Que cette dernière parole ne vous rebute pas, Ayesha est de la grande littérature. Laissez-vous tenter par le voyage...

Marion Godefroid-Richert

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