Les dieux de Cluny précédé de Le Fantôme d'Orsay

François DARNAUDET

Nestiveqnen, 2003



Deux novellas dont le héros, Eric Bernardi, est un jeune étudiant en sémiotique - études des pratiques signifiantes, dans divers domaines de la communication - amoureux d'Odile qui lui est infidèle bien que l'aimant en retour et qui, pour assurer sa subsistance, travaille de nuit comme vigile au musée d'Orsay ou fait le guide pour les touristes qui souhaitent visiter Paris depuis les bateaux-mouches. Dans "Le Fantôme d'Orsay", un gardien d'Orsay fait une macabre découverte en s'apercevant que la statue d'Ugolin, oeoeuvre de Jean-Baptiste Carpeaux, compte un personnage supplémentaire, en fait le cadavre d'un être humain fondu dans le bronze de ce célèbre peintre et sculpteur du XIXe siècle. Menée par l'inspecteur Couput, la police est déjà à pied d'oe'oeuvre lorsque Eric et son copain Polo arrivent au musée pour prendre leurs fonctions...

Quelques temps plus tard on retrouve, toujours à Paris, Eric Bernardi, son amie Odile et l'inspecteur Couput dans "Les dieux de Cluny". Il se trouve en effet que le cadavre d'un homme coupé en deux, transversalement de haut en bas, a été découvert dans les ruines des thermes de Cluny, en plein coeoeur du Quartier Latin. Couput est tout de suite appelé sur les lieux de ce meurtre épouvantable. Pendant ce temps, Eric apprend que d'abominables dieux gaulois ont été emprisonnés par les Romains dans des failles temporelles. Mais voilà qu'un cataclysme les a libérés des entrailles de la terre et qu'ils resurgissent simultanément à Paris, Bruxelles, Rome et Florence. C'est à la poursuite de ces monstres que vont se lancer Eric, Odile et Couput, aidés dans leur quête par les membres de la Confrérie des Gardiens des Fissures, société secrète créée au XVIIIe siècle pour protéger les hommes contre ces dangereuses créatures venues du fond des âges...

François Darnaudet a assurément du talent et de l'imagination à revendre, un goût certain pour l'Histoire, le mystère, l'art, les musées et monuments parisiens, la mythologie gauloise. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, il en donne la pleine mesure dans le présent ouvrage extrêmement bien documenté et qui n'a pas d'autre ambition que de détendre le lecteur. Une action à la fois rythmée et tendue, de l'aventure et du mystère comme s'il en pleuvait dans ces deux histoires fantastiques semble-t-il écrites pour le plaisir, dans un style agréable, plus soigné et travaillé néanmoins dans la seconde novella que dans la première, en hommage aux écrivains feuilletonistes et au roman populaire français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Rien ne manque ! Pas même le décor aussi sombre et angoissant qu'on peut l'espérer, un Paris oscillant entre rêve et réalité, presque intemporel, un univers de légendes oubliées et d'indicibles menaces, l'atmosphère lourde à souhait, les malédictions qui planent, ni les démons sanglants issus du passé tels le fantôme rouge des Tuileries qui massacre à tour de bras dans "Le fantôme d'Orsay" et ces dieux anciens tout aussi terrifiants dans "Les dieux de Cluny", des morts effrayantes et du sang versé à grands flots... Il n'hésite pas à mettre en scène des personnages de fiction et d'autres, plus ou moins célèbres, mais qui ont réellement existé, ni à donner des interprétations toutes personnelles des oeoeuvres d'illustres artistes peintres et sculpteurs, encore moins à pimenter ses intrigues de quelques scènes érotiques. Dommage cependant que l'auteur n'ait pas mis plus de soin à composer la psychologie de ses personnages. Un rien plus fouillés, ils auraient été tellement plus vivants et attachants...

Une lecture distrayante.

MGRB

partager sur facebook :