Délivrance

James DICKEY

Gallmeister, 2015
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos



Délivrance, le film mythique de John Boorman dont on se souvient le plus souvent pour la scène du viol en pleine nature mais aussi pour l'inoubliable duel de banjo/guitare que l'on retrouvera ici et pour lequel on remarquera qu'à l'issue de la communion musicale la complicité entre Drew, le guitariste, et Lonnie, le joueur de banjo, s'arrête brusquement, le second refusant de serrer la main au premier !

Au départ, quatre copains Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, s'offrent un weekend nature durant lequel ils se proposent de descendre une rivière dans un paysage sauvage voué à une disparition très prochaine en raison de la construction d'un barrage. Ce qui n'était qu'un super moment entre potes, la promesse d'une délivrance, va bientôt virer au cauchemar.

Les éditions Gallmeister rééditent le chef d'oeuvre de James Dickey. L'occasion pour moi de découvrir l'origine d'un film qui m'avait vraiment marqué. Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est carrément bien écrit : un style ample, posé, littéraire, qui multiplie à bon escient les descriptions généreuses. Ainsi celle de l'arc, détaillant les qualités des différentes parties de ce qui ne tardera pas à devenir une arme. Mais aussi, l'attente patiente de l'homme placé devant la certitude qu'il doit tuer pour survivre.

Lewis, le surhomme musculeux et dominateur qui s'est construit un abri antiaérien dans son jardin, le Johnny Weismuller du crawl en rivière, celui qui part persuadé qu'il s'en sortira ou encore se moque de son pote incapable de tuer un cerf, le véritable couillu, est finalement celui qui achèvera le weekend couché au fond du canoé, la jambe brisée, terrassé par la nature quand les moins solides émergeront moins abîmés. Face à la nature, la personnalité de ces hommes se transforme progressivement et celui qui ne pouvait tuer un cerf imaginera une stratégie destinée à achever quelque temps plus tard un homme.

Comme le film, le texte est fort, puissant, angoissant, souvent animal. Un putain d'bouquin !

Marc Suquet

partager sur facebook :