Esmera

VINCE, ZEP

Glénat, 2015



Là, c'est clair, y a du cul. Mais comme on le dit de façon sibylline, il y a cul et cul ! Et le mauvais, ben c'est souvent lourd ou sans imagination. De l'imagination, il y en a dans l'album de Vince et Zep : Esmera, dans une pension un peu trop religieuse, se languit des hommes. Mais voilà, dans l'enceinte du pensionnat, c'est plutôt ceinture. Alors, il lui faut attendre l'été pour se lâcher et découvrir qu'à chaque fois qu'elle jouit... elle change de sexe !

Pas facile à vivre avec ses amants de passage qui se découvrent au sortir d'un orgasme, en compagnie d'un partenaire de l'autre sexe que celui du début de soirée ! Le scénario de Zep (j'ignorais qu'il s'appelait ainsi en hommage à Led Zep) est l'occasion d'explorer le sexe comme homme ou femme, sans pouvoir mettre à notre héros/héroïne une étiquette classique de gay, trans... Non, c'est autre chose. Une situation qui aurait permis une analyse plus poussée des deux bords... Dommage, l'occasion était bonne.

J'ai aimé le dessin assez réaliste de Vince. Un dessin qui ne cache pas qu'on est ici franchement dans le cul.

Pas mal.

Marc Suquet


Effectivement voilà de la BD pour public averti. On voit de tout : stouquette, lolos, emboîtement, madame et monsieur, madame et madame, monsieur et madame et monsieur, etc, et même tout seul avec soi-même ! Effectivement aussi le postulat de départ est intéressant, mais je rejoins la chronique qu'en fait Marc et le trouve sous-exploité.

Il faut dire que le challenge est de taille et quand on aborde enfin la question cruciale de plein front, on se heurte à l'incommunicable. Quel est le "meilleur" orgasme ? Page 70 le scénariste s'essaie à une tentative d'explication comparative plus ou moins convaincante. Il s'est pourtant appliqué ! C'est poétique, certes, ce qui n'est déjà pas mal mais on ne s'en retrouve pas plus éclairé pour autant. J'imagine que je pourrais disserter sur la barrière du ressenti non partageable en ergotant sur la difficulté d'expliquer par exemple la couleur rouge à un aveugle de naissance mais ce serait oiseux. Déjà on peut féliciter les auteurs de s'attaquer à un concept aussi ambitieux. Pour de la BD dite adulte ce n'est pas rien.

On n'échappe pas à quelques clichés ici où là (les filles entre elles dans un pensionnat, mais que font-elles les coquines ?), mais on retrouve aussi quelques petites pointes de cet humour que Zep sait si bien appliquer au sexe (dans son album Happy sex, chroniqué sur le site). Pour ma part j'ai bien aimé le passage où Esméra, jeune étudiante italienne à Paris militante en plein mai 1968, sodomise gaillardement son chef de section activiste communisto-contestataire tout en lui assurant qu'il met en pratique sa culture contre-bourgeoise !

Quant au dessin il est assez bien fait et personnel pour faire souffler un petit vent frais sur un genre en général trusté par d'excellents faiseurs intimidants (je pense à Manara et Serpieri, mais aussi à Cadelo). Là, on retrouve de la sensualité, des cadrages intéressants, une jolie utilisation des clairs-obscurs. A dire vrai, il est même assez troublant de constater une certaine parenté du style de Vince avec celui de Zep quand il tient le pinceau. Suffisamment présente pour que je me sois demandé plusieurs fois qui dessinait finalement.

Enfin, sur les deux dernières pages un autre détail que j'aurais aimé voir développé : l'héroïne de l'histoire et son vieillissement ralenti. Une jolie idée, peut-être un point d'appel pour une suite ? Pourquoi pas, je me laisserai sûrement aller à la lire.

Marion Godefroid-Richert

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