Pain, éducation, liberté

Petros MARKARIS

Points Policier, 2015



La Grèce, c'est branché. Surtout aujourd'hui, jour de référendum, où l'on saura vers 23 h si les Grecs souhaitent ou non se débarrasser du carcan financier imposé par la Troïka. Pour comprendre ce problème de dette, il faut revenir à son origine, comme le propose Attac et laisser tomber les bobards du genre "il y avait trop de fonctionnaires en Grèce" (seulement 8 % en 2011 contre 11 % en Allemagne).

La politique est présente dans le polar de Petros Markaris : la Grèce est ici en plein marasme et a déjà repris la drachme comme monnaie nationale. Pas facile d'être flic quand les salaires ne sont plus payés. Impossible pour Papadakis, un des flics de l'équipe du commissaire Charitos, de payer les médicaments de ses parents. Mais impossible également d'en parler à son responsable, tant la honte est tenace ! Pas facile non plus pour Mania d'être amoureuse d'un Allemand quand toute l'Europe souligne l'égoïsme de ses dirigeants. La crise, c'est aussi la montée des partis d'extrême droite, dont les partisans cassent les magasins employant des immigrés.

L'auteur n'est pas toujours tendre avec ses compatriotes, comparant les maisons riches à une véritable vulgarité nationale ou soulignant la magouille "devenue un métier, ou du moins un art". Mais il évoque aussi la capacité de certains à relever la tête en organisant des écoles sur les trottoirs par exemple ou en animant Radio Espoir, une antenne qui veut chasser la morosité ambiante. La solidarité, qui permet aux plus faibles de tempérer la dureté de l'époque.

Bizarre quand même ces cadavre retrouvés dans Athènes avec un portable dans la poche qui diffuse un message rappelant la "génération de Polytechnique", celle qui se révoltait il y a quarante années contre les colonels. Des insurgés aux revendications reprises dans le titre du bouquin mais qui eux aussi ont connu leurs compromissions, comme créer des sociétés écran capables de de récupérer les aides européennes... Ici aussi, les héros sont fatigués.

Lecteur, quand tu auras dépassé une certaine difficulté à identifier les protagonistes de cette histoire aux noms qui te seront probablement assez peu familiers, le bouquin de Markaris en vaut le coup. Troisième volume de la Trilogie de la crise, Pain, éducation, liberté dresse le portrait d'une génération lasse, désabusée et qui s'en sort comme elle le peut. Un polar pour faire vivre le présent.

On n'oubliera tout de même pas que la crise en Grèce, c'est 50 % d'augmentation de la mortalité infantile ! Amis de la Troïka, vous pouvez encore vous regarder dans la glace ?

Marc Suquet

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