La Grosse Tête

MAKYO, TEHEM, TOLDAC

Dupuis, 2015
Le Spirou de Tehem, Makyo & Toldac, T. 8



Huitième ré-appropriation des mythiques Spirou et Fantasio par des auteurs modernes, voici le duo plongé par de jeunes farceurs dans une sorte de délire égocentrique. Fantasio écrit un livre sur une de leurs aventures et un producteur en achète les droits afin de tourner un film à partir de l'histoire. A partir de là : grand succès commercial du fim, Spirou partout, pétage de durite du sus-dit, qui ne se sent plus p... euh, qui prend la grosse tête. D'où le titre. Se mêle à cette success story un peu rance des péripéties dues à l'inénarrable Seccotine et son implication au Bretzelburg après un putsch militaire anti-pacifiste. Hum ! Je crains que mon résumé ne soit pas très clair... C'est de peu d'importance je vous l'assure. Le scénario laisse de toute façon l'impression tenace d'incongruité d'un de ses ingrédients, le chtoumpfell (saucisses, saindoux, patates et fraises), censément le plat national bretzelbourgeois. Pas très appétissant, n'est-ce pas ?

Difficile de renouveler sans trahir, ou de créer sans dévier, sur ce qui est devenu un incontournable du neuvième art. Cette série de Dupuis a le mérite de laisser carte blanche aux auteurs qui s'y frottent. Courageux, les gusses, car les fans les attendent au tournant. Ici, le risque pris par les scénaristes est de forcer un peu le trait sur certains travers des deux compères : la petite pointe de frustration de Fantasio quant à la préséance de son compagnon, qui devient dans l'album une revendication pleine et entière. Sa maladresse aussi. Et un certain sens du ridicule... Sur Spirou, contresens total. Autant on aurait pu adhérer à notre groom succombant au miroir aux alouettes de la célébrité mode années 2010, autant en faire un fat à l'ego surgonflé va juste trop loin pour la vraisemblance. L'authentique Spirou n'irait pas jusqu'à chiper à Fantasio la donzelle de ses rêves, ni oublier ses principes (son attitude au Bretzelburg... erreur). Ces entorses au cahier des charges sont dommages, car sinon les dessins servent une espèce de détente des deux olibrius, une atmosphère gentiment caricaturale et humoristique. Et il y a de jolies citations stylistiques, dans le choix de la voiture (p. 22), dans le respect de l'architecture du manoir du comte de Champignac (p. 29), ou même du château du Bretzelburg (p. 10). Et même les scénaristes ne boudent pas leur plaisir à inclure des clins d'oeil à leurs prédecesseurs, comme avec Spip et ses mini-aventures en bord de cadre. Pas une réussite parfaite, mais pas non plus à jeter donc. Je ne sais trop en revanche si je le conseille ou pas...

Marion Godefroid-Richert

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