La Guerre de Caliban

James S. A. COREY

Actes Sud, 2015
The Expanse, T. 2, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Thierry Arson



En avant pour le deuxième tome de ce qui s'annonce comme une saga exemplaire. Dans La Guerre de Caliban, James Holden et les trois autres membres rescapés du Canterbury forment une équipe soudée par les épreuves traversées (relatées dans le premier tome, L'Eveil du Léviathan, chroniqué ici) lors de l'annihilation de leur vaisseau-cargo et des différentes étapes qui ont mené à l'éradication de Cérès. Ils embarquent à bord de leur navette, la Rossinante, pour aller sur Ganymède. Cette lune de Jupiter, sorte de grenier à blé de la ceinture d'astéroïdes grâce à d'ingénieux aménagements, est en effet le théâtre d'affrontements entre la Terre et Mars. Ces deux derniers viennent tout juste de rompre le statu quo armé observé depuis des mois entre les trois puissances humaines. Les informations qui filtrent depuis la station sont vagues sur ce qui a motivé la prise d'armes entre les deux factions militaires, et James Holden veut aller voir de plus près ce qui se passe tout en portant secours à la population civile malmenée par les combats.

Sur place ils rencontrent Praxidike Meng, un ingénieur agronome qui a perdu dans le chaos sa petite fille Mei, et qui remue ciel et terre pour la retrouver. Leur enquête leur fait bientôt entrevoir que l'incident qui a mis le feu aux poudres pourrait bien être lié à une expérimentation secrète sur la protomolécule (la quoi ? Pff ! Y'a pas, faut lire le premier tome. Ici, c'est indispensable). La disparition de Mei et de plusieurs autres enfants, tous atteints d'une forme rare de dépression immunitaire congénitale, semble également liée aux évènements. Cette quête fiévreuse du père éploré et l'indéniable propension de James Holden à jouer les preux chevaliers vont les entraîner, son équipe et lui, dans une poursuite contre la montre pour retrouver Mei et également stopper le fléau et l'empêcher de s'étendre plus avant sur les mondes humains.

Pendant ce temps, les gouvernements de Mars et de la Terre ont fort à faire pour gérer les conséquences politiques de ce qui n'est pour l'instant qu'une grosse escarmouche, malheureuse sur le plan civil mais encore de proportion acceptable du point de vue militaire. Au sein de chaque administration, deux factions s'affrontent : les pro- et les anti-guerre. A la tête de ces derniers au sein des Nations Unies : Chrisjen Avasarala. Cette dame mûre, honorable sous-secrétaire à l'exécutif, est en réalité un dragon dont l'intelligence n'égale que l'habileté. Son sens moral et sa sagesse lui crient de tempérer les matamores terriens afin d'éviter l'escalade du conflit. Elle s'adjoint pour ce faire les services improbables du sergent martien Bobbie Draper, seule survivante de l'incident au sol de Ganymède qui a déclenché les hostilités. Les deux femmes vont aller de surprises en découvertes et les manoeuvres de la politicienne, qui usuellement ont plus leur place dans les salons feutrés, vont conduire l'improbable duo à croiser et fusionner leur route avec celle de la Rossinante. Qui l'eût cru ? Les deux équipages ne seront pas de trop pour stopper les ardeurs belliqueuses de part et d'autre...


Ce qui était ébauché dans le premier tome prend forme dans le deuxième. Tout est plutôt bien vu, de l'organisation sociale des communautés à l'enchaînement des évènements en passant par la métamorphose de la créature infectée, hybride protomoléculaire. Le départ est un peu lent puis trouve un confortable rythme de croisière, assez enlevé. Ces romans font l'objet d'une adaptation télévisée et ça se voit, ce qui constitue un petit défaut : chaque scène d'action est décrite de manière assez scénaristique, ce qui fait perdre paradoxalement du rythme et de la clarté là où c'est le plus nécessaire. Mais je chipote. L'ouvrage est très stimulant, et on se prend assez rapidement d'affection pour les nouveaux personnages de cet opus. La grand-mère truculente et machiavélique pistachovore, la guerrière psycho-rigide super douée sont autant d'ajouts heureux à un panel de personnages assez attachants bien qu'encore un peu archétypaux. Enfin là aussi je chipote. C'est de la belle ouvrage et j'ai lu avec plaisir ce tome, dont le scénario était plus fluide et plus clair que le premier. J'attends la suite avec entrain !

Marion Godefroid-Richert


  

L'Eveil du léviathan

James S. A. COREY

Actes Sud, 2014
The Expanse, T. 1, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Thierry Arson



Dans un futur pas si proche, l'explosion démographique humaine terrestre a motivé une diaspora interstellaire. La Lune, puis Mars, puis la ceinture d'astéroïdes se sont fait coloniser. Cet éclatement géographique au sens large a favorisé l'émergence d'une conscience d'appartenance territoriale des différents groupes humains : les Martiens, les Terriens et les Ceinturiens se côtoient mais ont aussi appris à se méfier les uns des autres, à s'identifier en tant que groupes distincts de plus en plus étrangers à leurs origines communes. Ce terreau est favorable à la haine communautariste et une étincelle suffirait à mettre le feu aux poudres et à démarrer une guerre bi- ou tri-partite.

Justement, un incident se produit : le Canterbury, un paisible transport de glace, se déroute pour porter assistance à un appareil à l'abandon. Cela entraîne une cascade d'événements qui aboutissent à la destruction du cargo, à l'annihilation de la quasi-intégralité de son équipage et à la découverte d'un élément compromettant l'armée martienne. Il n'en faut pas davantage : d'un bout à l'autre de la Galaxie, tout le monde prend les armes et s'agite.

Au milieu de ces mouvements belliqueux : Cérès, une petite station ceinturienne sous protectorat terrien. Un flic fatigué qui y officie depuis toujours, Miller, se retrouve au coeur d'un imbroglio impliquant des manoeuvres politiciennes et la recherche d'une riche héritière idéaliste fugueuse. L'éclatement du conflit le précipite hors de sa routine et de sa station, à la recherche de la jeune femme et d'une vérité qui le mettra sur la route de Holden, un des quelques survivants du Canterbury. A eux deux, ils vont découvrir que le conflit dissimule de bien plus sombres projets qu'une "simple" guerre. Une vilaine multinationale pourrait bien avoir mis la main sur une menace bien plus grande pour l'humanité. Comme d'habitude, guidée par la seule perspective du profit, elle ne se laisse pas freiner par de ridicules considérations éthiques ! Heureusement que l'improbable duo va lui mettre des bâtons dans les roues...

De la bonne SF option space-opera, c'est toujours agréable à lire. Là, l'ouvrage répond à toutes les exigences du genre : rythme soutenu, personnages principaux intéressants (vertueux mais pas trop, aventureux, un petit côté sombre séduisant), de l'action, un scénario assez fouillé mais dont on arrive à suivre les péripéties. L'auteur est en fait un duo dont la quatrième de couv' révèle de suite l'identité (ce qui me fait du coup me demander in petto : "Mais pourquoi diable ne pas inscrire directement le nom des deux zigues ?", sauf qu'on connaît la réponse ; ça doit être plus vendeur.) Un duo d'écrivains donc : un auteur de SF que je ne connaissais pas, Daniel Abraham, et un assistant de George R. R. Martin, un certain Ty Franck. Prometteur ! Et promesse tenue. Un joli résultat qui donne envie de lire la suite. On n'a pas besoin du reste de l'accroche qui laisse espérer une sorte de "Game of Thrones de l'espace" parfaitement hors de propos tant il n'y a rien de commun entre les deux oeuvres. Si ce n'est le plaisir qu'on a au feuilletage. En bref, ça m 'a plu. Laissez-vous tenter.

Marion Godefroid-Richert

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