Silo - Origines

Hugh HOWEY

Actes Sud, 2014
Silo, T. 2, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau



Difficile exercice qu'est celui de la chronique, et plus encore quand on se rajoute à soi-même des bâtons dans les roues. Ce roman est le deuxième volet d'une trilogie et je n'ai pas lu le premier. Tant pis, j'ai à peu près compris ce qui se passe et j'ai apprécié quand même ! Vous me pardonnerez les éventuelles approximations cependant auquel ce petit handicap me condamne.

Or donc, le noeud du récit : en 2049 une poignée de responsables administratifs américains (des sénateurs, quelques militaires, le président) voient se profiler une menace terroriste quasiment incontrable, une guerre microscopique à l'échelle planétaire utilisant la nanotechnologie. Dans le plus grand secret ils mettent au point un plan de secours pour l'humanité. Ils construisent une énorme structure souterraine, un "gratte-ciel à l'envers", où seront parqués des survivants avec le matériel nécessaire pour leur survie. Parmi les concepteurs, un jeune élu : Donald Keene. Sa formation d'architecte le rend apte à se faire recruter par le grand sénateur Thurman, qui pilote le projet secret "Silo". Il va devoir avec deux de ses amis de fac concevoir des pans entiers de l'ouvrage technique. Pendant ce temps-là, d'autres se chargent de mettre au point le mode de vie commune qui règnera à l'intérieur de ses murs. On ne peut pas penser mettre des milliers d'individus dans un espace restreint pour ? peut-être ? des centaines d'années sans élaborer un cadre sociétal un peu complexe. Ce sera fait sour le nom de deux codes de conduite : l'Ordre, accessible à une grande partie ; et le Pacte, que très peu connaissent. Un grand nombre des connaissances actuelles de l'humanité étant quant à elles compilées dans une sorte de thésaurus écrit : l'Héritage. Le projet met quelques années à se construire dans un secret relatif, sous couvert d'élaboration d'un système d'enfouissement de déchets nucléaires. Et puis c'est le grand jour de l'inauguration : le congrès du parti a lieu un beau jour d'été sur le site de construction du Silo. Une foule joyeuse se répand sur le terrain... et soudain c'est l'apocalypse. Avec quelques années d'avance, les ennemis de l'Amérique ont frappé. Le Silo était prêt juste à temps. Donnie et les rescapés de l'attaque entament alors une vie en dehors du monde, et le jeune ex-sénateur s'aperçoit qu'il n'a pas aidé à monter un seul mais bien cinquante silos. Celui dans lequel il se trouve pilote en quelque sorte tous les autres. Et il ne tarde pas à s'apercevoir que le Pacte, auquel il n'a pas accès, pourrait bien réserver aux survivants un sort encore moins enviable.

Difficile de résumer davantage les quelque 560 pages du roman. Et ce faisant, un certain nombre d'histoires parallèles ont été mises de côté. En effet, le récit se déroule de manière simultanée dans plusieurs silos, sur des centaines d'années. Mais une partie importante du concept est déroulée dans l'élaboration physique du bâtiment. L'auteur la met donc à l'honneur autour de ce jeune homme pris au milieu du projet à un poste important sans avoir toutes les clés en main. Le jeune Donnie doit d'abord se battre pour se souvenir, puisque l'Ordre est assuré entre autres par une mécanique humaine très huilée où les pions ne doivent en aucun cas se rebeller, surtout dans le silo 1 qui chapeaute tous les autres. Cela est assuré par une drogue qui efface en partie la mémoire des sujets en éveil. Puis Donnie doit s'adapter à une succession d'endormissements qui durent plusieurs décennies, où il perd ses repères et doit abandonner peu à peu ceux qu'il aime. On sent une vague critique (pas très aboutie cependant) que l'auteur a tenté de mettre en place sur les systèmes politiques et sociaux ultracodifiés, tel le capitalisme (le communisme, c'est trop ringard pour un écrivain américain quadragénaire ; et pourtant on n'en est pas loin dans cette oeuvre). Pour y arriver, une belle volonté ne suffit pas néanmoins et il aurait fallu un peu plus de connaissances théoriques ou une meilleure capacité d'analyse personnelle. Plus réussie, l'identification : dans l'ambiance anxiogène de cette forteresse enterrée où même l'air extérieur est l'ennemi, on suit les errances du personnage principal en partageant sa claustrophobie et sa soif de vérité. On peut reconnaître à l'écrivain cet achèvement, que la place aménagée pour quelques destinées individuelles, dont celle de Donnie, étoffe le récit en le sauvant de l'élucubration pour le placer dans une logique narrative plus accessible. Enfin le principe de l'anticipation post-apocalyptique, très à la mode depuis quelques années (au cinéma ça donne le pire comme le meilleur, de Spielberg à Emmerich en passant par les tâcherons hollywoodiens les plus obscurs) est ici savamment orchestré. Et l'idée de départ est assez originale pour justifier les trois tomes. En conclusion, je dirai que ce roman m'a non seulement donné envie de connaître la suite mais également le début. Ce n'est déjà pas mal...

Marion Godefroid-Richert


  

Silo : générations

Hugh HOWEY

Actes Sud, 2014
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau



Suite et fin des aventures de quelques-uns des survivants du projet Silo. Les heures de Donnie à la place du Berger dans le silo 1 sont comptées. Sa supercherie va être mise au jour et il met tout en oeuvre dans l'intervalle pour aider au maximum les rebelles voisins qu'il a régulièrement à l'oreillette quand il s'approprie la radio. Solo et les enfants du silo 17 patientent avec ferveur en attendant Juliette, qui a promis qu'elle reviendrait les sauver. Et enfin Juliette, à la tête du silo 18, se démène entre cette promesse qu'elle tient à honorer et son propre devoir qui lui commande de tout faire pour emmener "son" peuple, ses amis et son amour hors de ces murs délétères. Un ailleurs meilleur est possible. Elle le sait, elle le sent, elle l'a presque vu.

L'auteur boucle dans ce troisième tome le destin de ses personnages préférés. Tous les trois des marginaux dans un système étouffant, avec des trajectoires de vie distinctes mais qui finissent par se rejoindre dans un même rejet d'un sort décidé par d'autres. Une sorte d'ode à la liberté assez séduisante sur le fond mais un peu conventionnelle sur la forme. Ce troisième volet est tout à fait lisible, agréable et fluide. Les péripéties, bien qu'attendues, sont menées avec efficacité. On reste un peu sur sa faim concernant le bouclage de l'intrigue dans son ensemble (l'avenir de l'ensemble du projet silo). Remarquez bien que si ça se trouve, avec la chronologie un peu particulière (c'est l'autre mot pour "décousue") de ces romans, j'aurai les réponses à mes questions en lisant le premier tome (et non, ce n'est toujours pas fait). Mais parlons un peu de ce qu'on a : bien sûr, comme on s'est attaché à Juliette et Solo tout au long des trois tomes, il est agréable de voir ce que l'auteur leur réserve. Pour Donnie, la fin est un poil moralisatrice et c'est là qu'on sent que l'"américanité" de l'auteur le handicape. Difficile d'échapper au carcan de l'hypocrisie puritaine qui muselle l'ensemble d'une nation pourtant prompte à se réclamer championne de la liberté et des droits civiques. Il est vrai que ces derniers ne sont pas synonymes de libre arbitre ! Pardon, je m'emporte. C'est un livre plaisant malgré tout, une réflexion inaboutie mais qui a le mérite de poser quelques bonnes questions, même si elles ne sont pas très creusées. La question de l'aveuglement et du manque de sens moral de certains de nos dirigeants, de l'impossibilité de faire un tri objectif des gens qui "méritent" d'être sauvés, de ce que peut pousser l'instinct de survie à faire à son prochain. Aussi, de la tentative très contemporaine de dématérialisation de l'horreur de la guerre grâce à sa gadgétisation. J'aurais aimé pour ma part une mise au point un peu plus détaillée sur le personnage de Charlotte, la soeur de Donnie, militaire pilote de drone assassin. Il y avait là matière à une intéressante parabole. Certains diront que je chipote, et à tort vu qu'il me manque un bout de l'histoire. Mais allez, si d'aventure le premier tome me tombe entre les mains je me pencherai dessus. A vous de voir cependant si vous voulez tenter cette trilogie assez efficace comme distraction.

Marion Godefroid-Richert

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