Le chat passe à table

Philippe GELUCK

Casterman, 2014



Avouons-le tout de suite : on avait réussi à lui échapper jusqu'à présent. Un peu difficile vu l'omniprésence du bonhomme mais bon, "on" n'est pas coeur de cible. C'est vrai, "on" ne regarde pas Ruquier à la téloche (ni Drucker), "on" n'écoute pas les Grosses Têtes à la radio, et "on" n'est pas vraiment présent sur fesses de bouc donc on échappe au régulier "Hé ! V'là la dernière du chat. Poilant, non ?". Bon, poussée par la curiosité et une opportunité, on ouvre quand même la dernière publication du sieur Geluck. Dont acte, voilà une lacune qu'on estime avoir comblée. Et pour quel résultat ?

Eh bien, un peu de surprise d'abord. Ce qui m'était passé sous les yeux était d'une puissance comique variable (ce qui est normal, je n'en disconviens pas). Le but n'est pas toujours de faire s'esclaffer le lecteur. Bon an mal an, j'avais vu/lu quelques strips qui m'avaient plu ou pas, mais étaient toujours teintés d'une certaine finesse. Le chat, pour moi, c'était une sorte d'avatar d'Achille Talon (je ne connaissais pas bien). Et bien après avoir refermé les deux formats italiens qui composent le coffret dont est tiré la présente chronique, j'avoue avec une certaine perplexité ne pas savoir trop où situer le personnage et son auteur. Parce qu'une proportion non négligeable de gags sont réellement grossiers. Attention, je ne joue pas les pudibondes effarouchées ! On peut dire bite-couille et me faire rigoler très beaucoup (Ah ! Dira-t-on assez qu'un des seuls moments hilarants de la carrière de J.-M. Bigard fut lorsqu'il incarnait un plongeur hygiéniste dans la pub pour Toniglandyl ?). Mais là j'ai vu beaucoup de bite-couille et ça ne m'a pas vraiment fait rire, ni réfléchir (à défaut). J'imagine que comme le dit la sagesse populaire contemporaine, il en faut pour tout le monde et l'humour est très personne-dépendant (celui qui émet comme celui qui reçoit). Mais là, très peu pour moi. Je ne dis pas que ce n'est pas drôle, mais que je n'ai pas ri, nuance.

Cependant je ne dis pas non plus que tout m'a déplu, loin de là. Un des premiers gags qui m'a réjouie, c'est tout court et tout bête. Je cite : "Quand Jésus a marché sur l'eau, il a quand même eu les pieds mouillés ? Ou même pas ?". Oui je sais, il y en a ici qui se disent qu'ils ne trouvent pas ça drôle. On ne discutera pas de ce qui est amusant ou pas, mais de cette autre veine exploitée par l'auteur, moins grasse, plus subtile, qui frise souvent le surréalisme et contient plus de second degré. Un humour plus léger et plus riche à la fois que celui qu'il a sans doute dû apprendre à développer à cause de sa collaboration de longue date avec tel animateur sus-cité qui ne donne pas dans la dentelle.

Enfin bref, les amateurs se passeront de mon avis. Ils connaissent toutes les facettes de l'animal, eux. Pour les autres, la seule chose que je peux conclure c'est que, quand on fait le tri, il reste du bon, voire du très bon. Après, de la proportion acceptable pour débourser 17 euros 95 je ne débattrai pas...

Marion Godefroid-Richert

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