Madame Livingstone

Barly BARUTI, Christophe CASSIAU-HAURIE

Glénat, 2014



Ca commence à la Out of Africa, avec un vieil avion dans le ciel africain, mais Karen Blixen ne fait pas partie du scénario de cet album, qui ne compte d'ailleurs pas beaucoup de  femmes. Avec Madame Livingstone, le lecteur est plongé dans une histoire... de mecs. Pas des couillus à la testo triomphante, mais plutôt des hommes sensibles, attentifs et pourtant décidés.

Gaston Mercier est aviateur de l'armée belge en Afrique centrale. On lui affecte un éclaireur original, Madame Livingstone, un grand noir portant un kilt écossais. Au milieu du conflit entre l'Allemagne et la Belgique, l'aviateur va en apprendre un peu plus sur cet individu, mais aussi sur l'Afrique.

Un beau personnage que cette Madame Livingstone, à l'énigmatique parenté avec le célèbre explorateur et qui explique son engagement au côté des Belges par son désir de profiter de son seul privilège, celui de choisir ses maitres ! Un personnage superbe, fort, parcourant le conflit avec hauteur et incompréhension : je suis un métis, lieutenant, un métis au centre d'un gâchis.

Un bel album retraçant une histoire d'amitié forte, perdue dans le cadre de la première guerre mondiale en Afrique. Une histoire joliment servie par le dessin de Barly Baruti.

Marc Suquet


Gaston Mercier est un aviateur surdoué. Virevoltant pour l'armée royale belge, il fait des ravages dans les rangs allemands, cherchant à faire reculer l'ennemi bien installé dans la région des Grands Lacs de l'Afrique Centrale. Oui, la Grande Guerre s'est même installée au Congo belge, faisant trembler les fondations de l'empire colonial du bon roi Léopold.

Au vu de ses états de service, c'est Mercier qui est choisi pour traquer et couler le Graf von Götzen, cuirassé teuton réputé indestructible, pilier flottant de la défense allemande. Pour mener à bien cette mission, l'état-major lui présente celui qui sera son guide. C'est ainsi que Mercier fait la connaissance de David Livingstone, métis sans âge, pétri de sagesse, dont le kilt écossais lui vaut le surnom de "Madame Livingstone". Les deux hommes apprennent à se connaître et Mercier découvre peu à peu que le continent africain a plus de richesses à offrir que ce que la Couronne veut lui faire croire.

Avec un synopsis pareil, il était facile de tomber allègrement dans le récit initiatique bateau (vu qu'on en parle) d'un blanc-qui-en-fait-au-contact-du-gentil-noir-et-bah-il-change-de-camps. C'est avec élégance et talent que Baruti et Cassiau-Haurie nous racontent une amitié naissante entre deux hommes qui se respectent mutuellement au coeur d'une guerre qui passe loin au-dessus de leurs têtes d'aviateurs.

Avec un dessin sublime, on étouffe dans la jungle, on sent le poids de la nuit, on voltige dans le ciel du Congo belge. Les deux personnages principaux forment un tandem indissociable et équilibré, que les dialogues rendent attachants. Madame Livingstone ne donne pas de leçon sur la colonisation, ne cherche pas à culpabiliser, comme beaucoup d'oeuvres sur le sujet. Juste une histoire de courage dans un décor fidèle.

Alain

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