Quitter Brest

BRIAC, Yvon COQUIL

Sixto, 2015



L'album est constitué d'une BD de Briac et de deux nouvelles d'Yvon Coquil illustrées par le même dessinateur. Depuis l'universitaire revenu à Brest pour faire une conférence et qui se souvient de la ville d'avant les bombardements jusqu'à l'histoire de Ti Jean qui se prend un suicidé sur le coffre de sa 403 ou celle d'Arsène, sauvé par son voisin Laotien... gast, c'est du ti-zef, du brestois, quoa !

Mais du brestois comme on l'a oublié : le pont des suicidés, celui du Bouguen qui mène à la fac, sans barricades pour éviter les comportements désespérés. C'est vrai que c'est haut par là et qu'il suffisait de sauter quand... La cité des Hespérides, où Arsène fait rien qu'à picoler et ne supporte guère ses voisins, des Laotiens ! Mais le jour où il se tire un coup de fusil dans le bras, son voisin sera là.

Briac et Coquil font revivre un Brest qui a disparu : celui de l'arsenal, plus affectueusement l'arsouille, de sa camaraderie, qu'Yvon Coquil connaît pour y avoir travaillé une trentaine d'années, parfois nourrie au gros rouge qui tache avant le "stage de voile à Ty-Colo" (la cure de désintox), et puis des bars où l'on fait son turf. Piquant son titre à un texte de Miossec, l'album est désespérément humain et noir, comme les dessins de Briac, qui collent à merveille à notre Brest.

Marc Suquet


  

La Nuit Mac Orlan

BRIAC, Arnaud LE GOUEFFLEC

Sixto, 2014



Dès que j'ai ouvert La Nuit Mac Orlan, le dessin et la couleur de Briac m'ont tout de suite sauté aux yeux : du beau dessin, avec des expressions, des détails, des visages bien achevés. Et de la couleur chaude : du rouge, de l'orange. Mais le tout baigné de noir tant les cases sont striées d'une petite pluie de minces points sombres. Une pluie qui va comme un gant à la ville de Brest, diraient certains esprits limités. Mais c'est plutôt un noir qui embarque carrément dans l'atmosphère sombre de l'histoire. Je pestais, dans une chronique précédente, contre les couleurs artificielles et froides, utilisées dans les BD actuellement. Avec Briac,c'est tout le contraire : on est dans la peinture mise au service de la BD. Merci de nous rendre un dessin de caractère !

Marin, qui a bien du mal à achever sa thèse sur Mac Orlan, débarque à Brest pour prendre connaissance d'un manuscrit inédit, ou plutôt clandestin, de l'auteur : L'Amiral Bamboche. Arrivé chez le bouquiniste, l'étudiant reçoit un coup sur la tête qui va l'entraîner dans la nuit brestoise.

Le scénario, l'oeuvre du génial touche-à-tout Arnaud le Gouëfflec, entraîne le lecteur dans des lieux bien connus des Brestois : depuis la prison de Pontaniou où l'on rencontre un avatar de Paul Bloas (un peintre brestois qui peint de belles silhouettes sur les murs de la ville et dans toute l'Europe) jusqu'à Recouvrance. Des personnages intéressants comme le docteur Problème, Marguerite qui tient une boîte ou encore le commissaire Bourrel (rien à voir avec "Bon dieu mais c'est bien sûr !"). A travers ses gueules et ses lieux, Brest est là, pleine de son caractère mais aussi de l'attachement que l'on peut lui porter.

Un superbe album tant par l'histoire que par les dessins. Une vraie BD de caractère. Un album qui présente Brest autrement que par la quantité de pluie tombée la veille : une ville qui ne se livre qu'à celui qui s'en donne la peine !

Un signe qui ne trompe pas : j'ai déjà offert un exemplaire de La Nuit Mac Orlan à un copain !

Marc Suquet


Marin est un passionné. Un passionné de Pierre Mac Orlan, l'écrivain amoureux de Brest, sur lequel il est sur le point d'achever une thèse. Ainsi, quand il reçoit un appel d'un collectionneur brestois lui affirmant avoir un manuscrit inédit de l'auteur du Quai des brumes, Marin saute dans le premier train et file vers l'Ouest, vers Brest. Seulement, les événements s'enchaînent et la nuit tombe sur la ville, transformant ce séjour en mystère fantasmagorique.

Déclaration d'amour à l'écrivain, La Nuit Mac Orlan est une aventure crépusculaire dans les entrailles de Brest. La ville, fidèlement adaptée et servie par de superbes lignes effacées et des couleurs intelligemment appliquées. Bien que l'histoire soit très linéaire et la chasse au trésor trop rapide, on prend plaisir à déambuler sur le port et sur le pont de Recouvrance. Cet album est fait pour les connaisseurs comme pour les novices de Mac Orlan, pour les amoureux de Brest comme pour ses détracteurs. La cité du Ponant prend ici des airs d'une Londres mystérieuse, et nous dévoile sa beauté véritable. A lire.

Alain

partager sur facebook :