Cavale Blanche

Stéphane LE CARRE

Sixto, 2014



Pas évident pour Dan de retrouver Mau, son pote qui lui a salement piqué sa copine Gwen. Mais Mau propose un coup aux trois, un moyen de se faire plein de fric puis de se barrer au Brésil, la promesse assurée d'une nouvelle vie. Bien sûr, la promesse foire et se termine en superbe cata. Pour en éviter les conséquences violentes, Dan se réfugie sur l'île Verte, au large du Finistère, une île qu'il a connue pour y avoir pêché des araignées.

C'est le style qui m'a frappé le plus dans le bouquin de Stéphane Le Carre : un style sophistiqué, rond, descriptif. Un vrai style et non le narratif factuel et sec que l'on trouve dans beaucoup de polars. L'auteur prend le temps de s'étendre sur les sentiments, les visions, les appréhensions de son héros. Et même si l'ensemble apparaît quelquefois un peu emphatique, les 150 pages de ce court roman sont empreintes d'une vraie personnalité dans l'écriture.

Quelques morceaux franchement politiques comme cette charge contre la société de consommation : "On nous y promettait la sérénité et la liberté, comme l'essence d'un service ou d'une marchandise, triste philosophie d'emballage."

Tiens... l'auteur traite la pige du Télégramme, le quotidien local, de "sous-traitance clandestine" ! J'ai ouï dire que cela n'était pas entièrement faux compte tenu du généreux tarif concédé par le journal à ses moissonneurs de l'info quotidienne. Celle qui fait le fond du journal et qui attire la plupart de ses lecteurs, sans que ces écrivaillons de l'info ne soient véritablement considérés.

Cavale blanche, c'est un court bouquin révélant une noire intimité, celle d'un homme perdu, paumé après l'abandon de sa copine et de son ami. Noir, noir, mais qui sait si la conclusion du livre n'ouvre pas la porte à quelque chose de plus optimiste ? Un bouquin qui a de la classe, mais plutôt dans le registre désespéré.

Marc Suquet

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