Before Watchmen - Ozymandias

Jae LEE, Len WEIN

Urban Comics, 2014
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Doug Headline et Edmond Tourriol



Bon, mon gars, si t'es pas branché comics, là tu rentres dans un monde : celui de la série des comics de la série Watchmen (douze épisodes) et de son préquelle (c'est rigolo, les québécois parlent dans ce cas d'antépisode !) comptant trente-sept tomes quand même ! On trouvera un plan de cet imbroglio du comics ici.

Adrian Veidt, c 'est bien sûr le beau gosse plein de pognon qui va se draper derrière son masque pour rendre la justice. Mais il n'a rien d'un héros vraiment sympa : enfant, il brise la rotule droite d'un de ses petits camarades, qui, il faut bien le dire, l'avait pris pour son souffre-douleur. Devenu riche, mais alors là franchement riche (les self- made men de la finance ou génies industriels, ça fait plus trop recette par les temps qui courent !), il poursuit ses projets grandioses sans attention aucune pour ses collaborateurs. Jusqu'à supprimer ceux qui le gênent ! Bref, un type obsédé par sa mission qui n'a aucun regard autour de lui.

Je sais bien que ce ne peut être que l'avis d'un ignare, mais je trouve le personnage assez peu intéressant. Pas de détails sur l'homme, si ce n'est quelques données sur son enfance. Une froideur qui est sûrement celle du perso que le lecteur a bien du mal à comprendre. Une histoire carrément un peu caricaturale... Oui, je sais, ça serait-y le genre qui veut ça ? Bon, mais moi, c'est pas trop mon truc.

J'aime tout de même assez l'interaction avec des faits historiques comme le blocus de Cuba ou encore l'assassinat de Kennedy. J'aime assez le dessin de Jae Lee, froid, propre et un peu caricatural... tout comme le héros.

Alors, avis aux amateurs.

Ici, quelques extraits.

Marc Suquet


Un petit appendice va se rajouter au résumé qu'a fait l'ami Marc dans sa chronique, précédemment parue. J'ai en effet la faiblesse d'adorer la série originelle dont cet opus est un avatar. Ce tome antépisode (ça me plaît comme concept) relate donc enfance, jeunesse et plus d'Adrian Veidt. Pour ceux qui l'ignorent, un gros vilain cynique. Cette histoire livre quelques clés pour comprendre les motivations de celui qui mène les héros masqués et une partie de l'humanité à sa perte dans la première saga parue. La mort de son grand amour Miranda, l'ambition de ses parents - émigrants à la poursuite du grands rêve américain -, son statut d'enfant prodige jalousé de ses camarades, entre autres. Quelques indices comportementaux qui jettent un éclairage plus riche sur le plus opaque des Watchmen.

On pourrait dire des comics, comme de la BD, comme de tous les mauvais genres d'ailleurs : on aime ou on n'aime pas. Au départ, tout comme le manga, le format de parution de cette branche du neuvième art impose un cahier des charges assez précis aux dessinateurs. On peut dès lors crier à la trahison de voir détournés ces codes au profit d'une édition plus conventionnelle comme elle l'est pour l'ouvrage dont je parle, débat dans lequel je ne rentrerai pas. Je me contenterai de parler de l'album en tant que tel. Le dessin m'a de prime abord rebutée, disons les choses comme elles le sont. Les couleurs-palette graphique brutes de décoffrage, les visages figés, la moue crispée impénétrable permanente du personnage principal sont assez rebutants. Aussi vrai pour les mouvements, assez caricaturaux dans leur décomposition. Mais curieusement ça ne nuit pas au récit et je suis assez bien arrivée à rentrer dans l'histoire. Le côté anguleux du trait que le dessinateur a utilisé sert finalement (et c'est j'imagine voulu) assez bien le fil du récit, haché, sec jusqu'à l'aridité. Il est vrai que le personnage est assez ignoble. Mégalomane auto-satisfait à l'égo boursouflé (oui je sais, tout ça veut dire un peu la même chose), avec un sens de la morale subjectif et une éthique inexistante, le richissime génie est un pastiche d'anti-héros, ce qui était moins le cas dans Watchmen où il avait une coloration plus nuancée, un peu mélancolique, un peu compassionnelle. Là les auteurs ciblent assez efficacement un parangon de banquier surdoué richissime et sans scrupules, faisant feu de tout bois pour le rendre détestable. On voit qu'une partie de l'Amérique du Nord s'est fait secouer et réveiller par la grande crise des subprimes et la morgue de ses financiers démasqués à l'occasion... Voilà certainement une des raisons plus ou moins conscientes qui m'ont rendu l'album intéressant malgré un dessin volontairement peu attirant et une intrigue déviant légèrement de l'esprit original. A tenter, pourquoi pas, si vous avez aimé le film ou la série.

Marion Godefroid-Richert

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