Le Crime d'Orcival

Emile GABORIAU

Ombres, 2001



"L'affaire est compliquée, difficile, tant mieux !... Je laisse aux enfants les rébus faciles..." (p. 125)

Orcival, commune de la banlieue parisienne, le 5 juillet 186 (?). Alors qu'ils se rendent à la pêche tôt le matin, Jean Bertaud, dit la Ripaille, et son fils Philippe découvrent le cadavre affreusement mutilé de la comtesse de Trémorel. Après maintes hésitations - ils sont bien connus à Orcival pour vivre de braconnage et de maraude - ils se décident enfin à avertir le maire.

Des traces de lutte violente sont découvertes dans le château du comte de Trémorel, qui a été pillé, saccagé... par plusieurs individus, selon toute apparence. Le juge d'instruction arrivé sur les lieux inculpe sans la moindre hésitation les deux braconniers ainsi qu'un domestique du château, au comportement plus que suspect, et le seul domestique sans alibi...

Affaire résolue ? Pas tout à fait ! Il reste à trouver le cadavre du comte de Trémorel, probablement jeté dans la Seine... C'est alors qu'arrivant de Paris Monsieur Lecoq, agent de la Sûreté, fait son apparition sur les lieux du drame. S'il approuve le juge d'instruction quand ce dernier caractérise l'affaire d'"assassinat ayant le vol pour mobile", il désapprouve totalement l'arrestation et l'inculpation des trois présumés coupables. Lecoq va alors s'opposer au juge d'instruction, à ses conclusions qui lui paraissent quelque peu hâtives, conscient qu'il est d'être confronté à une affaire des plus ténébreuses... Il va mener l'enquête à sa manière, en utilisant des méthodes très particulières...

"C'est l'alchimiste qui a découvert la pierre philosophale. Il a lancé le roman policier, et il l'a lancé loin." (Michel Lebrun)

Pourquoi ce roman ? Envie, tout simplement, de relire un roman "au charme suranné", un roman que l'on pourrait classer dans la rubrique "Coups de coeur intemporels"... Le Crime d'Orcival a paru sous forme de feuilleton presque simultanément dans Le Soleil et dans Le Petit Journal, en 1866, soit il y a 148 ans ! Son auteur, Emile Gaboriau, s'était rendu célèbre en publiant en 1865 L'Affaire Lerouge. Dans ce premier roman "judiciaire" (on ne disait pas encore roman policier) intervenait un jeune inspecteur, "Monsieur Lecoq" (c'est ainsi qu'il se présente, on ignore son prénom). Agent de la Sûreté, tenace, audacieux, psychologue... quelque peu vaniteux. "Nobody's perfect !" Homme caméléon, expert dans l'art de la filature et du déguisement. Enquêteur brillant, exceptionnel même car "doué d'une mentalité de criminel". "Dans la crainte de devenir voleur, je devenais agent de police". (p. 126) Impitoyable avec les criminels, Lecoq doit constamment se tenir sur ses gardes. Il a d'ailleurs pour devise "Toujours vigilant".

Cet héritier du Chevalier Dupin d'Edgar Poe trouvera - évidemment - le coupable "par le seul examen du théâtre du crime, par la seule force du raisonnement et de la logique". Lui-même a fait des émules : Sherlock Holmes et Hercule Poirot. Conan Doyle et Agatha Christie appréciaient, paraît-il, Emile Gaboriau, un pionnier unanimement considéré comme le père du roman policier français.

On pourrait bien sûr reprocher à ce roman son côté parfois populaire et mélodramatique, ses (trop) nombreuses péripéties (feuilleton oblige !). Il n'empêche que Le Crime d'Orcival est une enquête rigoureusement bâtie, avec des personnages crédibles et variés. C'est également un tableau de la société française de la fin du XIXe siècle et - déjà - une réflexion sur la justice et la police ...

De même que j'apprécie la relecture d'une enquête menée par Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, j'ai beaucoup aimé retrouver - après de très nombreuses années - Monsieur Lecoq ! Emile Gaboriau avait bien du talent ! André Gide a même écrit qu'il jugeait Monsieur Lecoq très supérieur à Sherlock Holmes !

Roque Le Gall

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