Monstres à l'état pur

Miguel Angel MOLFINO

Ombres noires, 2013
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Christilla Vasserot



Été 1968, province du Chaco, Argentine. Le village d'Estero del Muerto est ce qu'on pourrait appeler communément un trou paumé. Personne n'y passe, rien ne s'y passe. Jusqu'au jour où trois coups de feu résonnent dans la plaine, laissant pour morte la famille Hordt. Le jeune Miroslavo vient de voir ses parents se faire tuer. Il s'enfuit paniqué et se fait prendre en stop par un trafiquant d'armes...

C'est la joie dans l'âme et la curiosité en pendentif que votre serviteur s'est jeté sans protection sur ce polar/western de moins de 300 pages et vendu comme étant une "road-story" initiatique. Ce bijou concis écrit de la main d'un ex-prisonnier politique arrivait à point nommé car lointain demeure le dernier en date. Le billet introductif de l'auteur, déclarant en partie réels les évènements décrits dans le livre, achève le processus décisionnel.

D'aucuns connaissent l'adage : "Plus on s'élève et plus dure sera la chute". En l'occurrence, l'interminable descente s'est soldée par un plat spongieux sur le ventre.

Se voulant impitoyable et taillé dans la roche du désert, Monstre à l'état pur laisse une impression de travail d'élève de terminale L, option littérature, ayant un don indéniable pour l'écriture qu'il n'arrive cependant pas à canaliser efficacement. Le récit très classique promet de nous traîner dans la poussière et la sueur sous un soleil de plomb, dans une Amérique latine pas encore tout à fait décidée à passer le cap des années 50. Au bout du voyage, les pages de cette "road-story" étrangement statique renferment une progression décousue de fil blanc, une galerie de lieux et de personnages « clichécaturaux » (du flic pourri au baroudeur désabusé, en passant par la veuve insatiable) dont le manque de profondeur se fait vite sentir, ainsi qu'une réflexion sur le traumatisme exploitée de façon agricole en labourant les grandes lignes en quelques pages.

Enfin, la route est encombrée par des centaines de semi-remorques de comparaisons inutiles et trop lointaines pour être évocatrices. La plupart d'entre elles engendreront un haussement du sourcil gauche, pas plus.

Cependant, le bas-côté de l'histoire est jonché de petites trouvailles, de pièces de génie, qui s'amenuisent au fil du récit, jusqu'à disparaître totalement dès la moitié du trajet.

Avec du recul, on peut considérer que la richesse de ce livre ne réside pas dans sa qualité d'écriture dont le jugement est loin d'être objectif. Le réel et la fiction étant intimement liés dans cette histoire, il est difficile de distinguer ce qui relève du cliché de genre ou de l'histoire vraie. En prenant le recul nécessaire et en faisant le tri, c'est à rebours qu'apparaît le frisson quand on réalise que l'histoire met en scène de véritables monstres à l'état pur.

Alain

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